Un sondage  CM Research  confirme l'impact du Covid-19 sur les vétérinaires européens

En France, 41 % des vétérinaires sont impactés par l'annulation de rendez-vous.

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Corinne DESCOURS-RENVIER

Pandémie

L'agence CM Research publie les résultats d'une étude internationale sur l'impact du Covid-19 sur la profession vétérinaire. La croyance en une aggravation de la situation est largement partagée par les praticiens interrogés, y compris en Espagne et en Italie où l'épidémie est pourtant déjà bien installée.

L'agence CM Research, spécialisée dans les études portant sur le secteur de la santé animale, vient de publier les résultats d'une enquête internationale dédiée à l'impact du Covid-19 sur la profession vétérinaire.

Cette étude a été conduite, du 13 au 17 mars, auprès de vétérinaires canins, propriétaires ou associés, indépendants ou faisant partie d'un réseau.

En Allemagne, 133 praticiens ont ainsi été interrogés, 80 en Australie, 177 aux Etats-Unis, 193 en Espagne, 125 en France, 208 en Grande-Bretagne et 140 en Italie.

Cette enquête sera renouvelée toutes les deux à trois semaines durant l'épidémie.

Quel impact sur la clientèle ?

Sans surprise, les pays les plus touchés par le Covid-19 sont ceux qui déclarent le plus grand nombre d'annulations de rendez-vous dans l'enquête de CM Research.

L'Italie et l'Espagne sont particulièrement concernées, avec respectivement 71 % et 62 % de vétérinaires touchés par les annulations.

En France, 41 % des vétérinaires sont également concernés, contre 30 % en Allemagne et seulement 19 % en Australie.

Les propriétaires d'animaux sont très nombreux à s'adresser à leur vétérinaire pour obtenir des renseignements sur les risques de transmission du Covid-19 entre humains et animaux. Les pays où les demandes de renseignements sont les plus fortes sont l'Espagne (où 75 % des vétérinaires ont déjà répondu à des questions de leurs clients sur ce sujet), la France (64 %) et l'Allemagne (62 %).

Pour CM Research, ces résultats confirment que les vétérinaires ont un rôle important à jouer pour rassurer les propriétaires d'animaux.

De nombreux clients se sont par ailleurs rendus dans les cabinets et cliniques vétérinaires pour constituer des stocks de nourriture et de médicaments pour leur animal de compagnie. L'Australie est le seul des pays de l'enquête dans lequel de telles mesures de précaution n'ont pas été observées.

Comment adapter son organisation professionnelle ?

La plupart des vétérinaires ont adopté des mesures d'hygiène supplémentaires pour lutter contre le Covid-19.

Les vétérinaires espagnols et italiens sont ceux qui prennent le plus de précautions : ports de vêtements de protection, distanciation sociale entre collègues, désinfection des locaux, etc.

Presque un quart des praticiens de l'enquête doivent faire face à une diminution du personnel disponible.

La situation est particulièrement préoccupante en Italie, où un tiers des cliniques souffre d'un manque d'effectifs.

En revanche, les vétérinaires interrogés observent relativement peu d'impact sur les livraisons (médicaments, nourriture, etc.).

Des difficultés d'approvisionnement ont toutefois été constatées en ce qui concerne les produits d'hygiène : 60 % des vétérinaires en Grande-Bretagne et 56 % aux Etats-Unis se disent concernés par de tels manques, contre seulement 30 % en Italie.

Quel impact financier pour les structures vétérinaires ?

D'après l'enquête de CM Research, très peu de cabinets et cliniques vétérinaires sont fermés actuellement.

Si toutefois une fermeture était imposée par leur gouvernement, la plupart des vétérinaires estiment pouvoir faire face à la situation durant une courte période. 5 % d'entre eux craignent cependant de pas pouvoir s'en relever...

Une aide de l'Etat pourrait s'avérer nécessaire dans certains cas, surtout en Allemagne où les structures vétérinaires sont majoritairement de petite taille.

Le personnel des cabinets et cliniques vétérinaires aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne s'inquiète particulièrement des risques de fermeture, ce qui l'incite à demander le règlement anticipé des salaires.

Ce phénomène est pour l'instant anecdotique dans les autres pays de l'étude.

Les annulations de rendez-vous ont évidemment un impact sur les revenus des vétérinaires. L'Italie est le pays qui souffre le plus : seulement 5 % des vétérinaires italiens ont vu leurs revenus inchangés (voir figure).

En Espagne, 72 % des vétérinaires interrogés constatent une baisse de leurs revenus, 41 % en France, 40 % en Grande-Bretagne, 35 % en Allemagne, 33 % aux Etats-Unis et 24 % en Australie.

Dans tous les pays, les praticiens participant à l'enquête de CM Research envisagent de mettre en place des restrictions budgétaires.

A quelles sources d'information se fier ?

Les vétérinaires se tournent essentiellement vers les sites Internet de leur gouvernement et des médias pour se tenir au courant de l'avancée de l'épidémie.

C'est le cas de respectivement 59 % et 58 % des vétérinaires français.

Le site de l'Organisation mondiale de la santé constitue une autre source d'information appréciée, ainsi que les instances professionnelles, les associations et la presse vétérinaires.

Le degré de satisfaction vis-à-vis de la gestion de la crise par le gouvernement est plutôt élevé dans tous les pays mais pourrait être meilleur.

En effet, un quart des vétérinaires interrogés se déclarent insatisfaits des mesures prises par leur gouvernement.

L'insatisfaction est particulièrement importante en Espagne et aux Etats-Unis où quasiment la moitié des vétérinaires se disent mécontents.

Comment les vétérinaires envisagent-ils leur avenir ?

Sans surprise, le niveau d'inquiétude des vétérinaires est lié à la situation dans leur pays vis-à-vis du Covid-19.

Les vétérinaires italiens, espagnols et français sont les plus inquiets, avec respectivement 88 %, 86 % et 79 % des praticiens préoccupés, à titre professionnel, par la pandémie actuelle. Les vétérinaires allemands seraient les moins inquiets, puisque seulement 53 % d'entre eux se disent préoccupés par le Covid-19.

La croyance en une aggravation de la pandémie est partagée par tous les pays de l'enquête, même l'Espagne et l'Italie, où l'épidémie est déjà bien implantée.

Seul 1 % des vétérinaires interrogés pensent que la situation va s'améliorer.

Quasiment tous attendent un soutien de la part des industriels et des fournisseurs du secteur vétérinaire.

Les vétérinaires australiens et américains souhaitent avant tout que les livraisons se maintiennent normalement (respectivement 83 % et 75 % des praticiens interrogés).

Les vétérinaires italiens et américains sont surtout soucieux d'éviter une hausse des prix (respectivement 63 % et 59 %) et les praticiens italiens et espagnols espèrent des facilités de paiement (respectivement 64 % et 48 %).

En France, ce sont respectivement 46 %, 41 % et 41 % des vétérinaires interrogés qui formulent de telles attentes.

Impact de l'épidémie de Covid-19 sur les revenus des vétérinaires

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1526

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