Oser en sortant de ses peurs : le défi du chef d'entreprise

La peur se nourrit essentiellement de nos croyances et des suppositions que notre cerveau s'ingénue à fabriquer.

© ra studio

Pierre MATHEVET

Société Tirsev

Site Internet : www.Tirsev.fr

Développement personnel

Bien que le contexte ne soit pas favorable à la prise de risque et que nombre de chefs d'entreprises soient tentés d'opter pour l'immobilisme, il est bon de rappeler que les peurs sont contagieuses au sein de l'entreprise, d'autant plus qu'elles sont souvent fictives. L'inaction « par peur de » est au moins aussi risquée que l'action.

Bien souvent inconscientes, nos peurs nous envahissent et nous colonisent : peur d'être jugé, peur de ne pas être aimé, peur d'échouer, peur d'être trahi, peur de l'insécurité, peur de l'inconnu, peur de perdre le contrôle, de mourir, de vieillir, de ne pas être reconnu, de s'affirmer, de ne plus posséder et, bien sûr, peur des nouveaux virus.

Aujourd'hui, on a peur de la grippe et en même temps on a peur du vaccin contre la grippe pour s'en protéger.

Le champion a peur de perdre mais il peut être pris aussi par la peur de gagner au moment de terminer victorieusement une partie de tennis ou de golf. On a peur de changer et, en même temps, on a peur d'être dépassé. Cruels et dramatiques dilemmes.

Un danger, souvent totalement imaginaire

Ces peurs d'un danger éventuel, très souvent totalement imaginaire, sont devenues permanentes et bien souvent dramatiquement pénalisantes et troublantes. La crise de la Covid nous le montre tous les jours.

Nous sommes tétanisés par nos peurs. Alors qu'elle n'est au départ qu'une simple émotion et donc normalement potentielle source d'action, la peur dans notre environnement français conduit à la paralysie.

Poussée à son paroxysme, cette peur a même conduit à inscrire le « principe de précaution » dans la constitution de notre pays.

Finalement, la prise de risque n'est plus récompensée, le statu quo est encouragé. Alors cela conforte chacun à rester dans sa zone de confort, à continuer à faire ce qu'il sait faire sans chercher à faire différemment, à faire mieux, plus vite, moins cher, plus efficace, plus vert, moins péniblement...

Difficile pourtant d'imaginer entreprendre sans prendre des risques, sans concevoir de sortir du cadre pour tenter une innovation, une nouvelle réponse aux besoins des clients.

L'immobilisme rassure mais n'est pas sans poser problème dans un monde qui évolue en permanence et à toute vitesse.

Des peurs contagieuses

Non seulement le chef d'entreprise peut hélas être prisonnier de ses propres peurs mais en plus celles-ci sont contagieuses.

Et, donc, il est illusoire de penser que les salariés ne les percevront pas. Cela impacte d'abord négativement son image de leader et érode la confiance des collaborateurs. En outre, la peur est contagieuse comme un virus.

Christophe Haag, chercheur en psychologie et auteur de La contagion émotionnelle a clairement démontré l'influence des neurones miroir de notre cerveau.

Découverts chez l'Homme très récemment, en 2010, ils vont nous pousser à photographier notre interlocuteur et à l'imiter.

Instinctivement lorsque nous croisons une personne, en quelques millièmes de secondes, nous aurons une tendance naturelle à adopter automatiquement ses expressions, son rythme de voix, ses intonations, ses postures.

Alors, si le chef d'entreprise se laisse déborder par ses peurs, non seulement elles seront perçues par ses collaborateurs mais il va participer à l'augmentation de leurs propres peurs.

Alors comment se réconcilier avec ses peurs pour mieux les maîtriser et les amadouer ? D'abord ne pas chercher la cause de ses peurs à l'extérieur, dans l'environnement, chez les autres.

Une origine intérieure

Non, l'origine de nos peurs est toujours à l'intérieur de nous-mêmes. Nous fabriquons nos propres peurs, en s'appuyant sur nos croyances profondes, sur nos propres représentations mentales.

Par exemple « Avoir peur de ne pas être parfait vis-à-vis de ses collaborateurs » s'appuie sur la croyance que le manager, le chef d'entreprise doit être sans faille, sans émotion et ne jamais faire d'erreur.

C'est juste une représentation mentale personnelle et individuelle du chef d'entreprise, une simple croyance induite par des injonctions primitives, un « mensonge » que l'on se construit soi-même ou que certains se chargent de nous inculquer dès notre tendre enfance !

Ainsi, si pour vous avoir une grosse voiture est un symbole de réussite professionnelle (croyance), vous risquez d'avoir peur que les gens considèrent que votre clinique ne marche pas très bien si vous arrivez avec une petite voiture.

La peur se nourrit ainsi essentiellement de nos croyances et des suppositions que notre cerveau s'ingénue à fabriquer.

Toujours d'après Christophe Haag, 9 peurs sur 10 n'ont en réalité aucun fondement objectif, aucune cause réelle : nous ne nous inquiétons pour rien.

D'où l'expression classiquement mentionnée a posteriori « Finalement plus de peurs que de mal » . Cette prise de conscience est la première étape pour sortir de ses peurs.

Ensuite, il convient de travailler la balance bénéfices/risques et de ne pas rester focalisé sur le seul plateau des risques, qui vont pousser à ne pas avancer.

Car notre cerveau, les neurosciences le montre très clairement, n'aime pas le changement et va donc inconsciemment donner plus de poids aux risques qu'aux bénéfices.

Accepter de perdre

Pour sortir de ce biais cognitif conservateur automatique, le biais de négativité, il convient de répondre de manière la plus objective possible à deux questions : qu'est ce qui va se passer si nous lançons ce nouveau projet ? Qu'est ce qui va se passer si nous ne faisons pas cette évolution ?

Ensuite, il conviendra de faire un choix en se focalisant sur ce qu'il est acceptable de perdre. Cela permet d'intégrer d'emblée qu'il va y avoir perte, inéluctable car il y a changement.

S'autoriser à laisser certaines choses au bord de la route, sans en avoir peur, car c'est accepté. Et cela permet d'évoluer vers la prise de décision, en s'appuyant sur la conscience bien souvent d'avoir plus à gagner à prendre un risque acceptable que de ne pas le prendre.

Deuxième étape : se focaliser sur le meilleur risque acceptable et les bénéfices attendus !

Enfin, l'être humain n'a fait des progrès qu'en prenant des risques, sensés et réfléchis. Et prendre des risques, c'est décider. Alors parfois la peur resurgit : « Et si nous n'avions pas pris la meilleure décision ? » , « Comment être certain que cela soit la meilleure décision ? » .

Se détacher de cette peur passe d'abord par la validation de l'adéquation entre la décision réfléchie et sa propre intuition, sa petite voix intérieure.

Transformer une décision en bonne décision

Ensuite, en intégrant qu'il n'y a pas de décision qui est intrinsèquement bonne ou mauvaise. La seule option est de tout faire, dans ses actions, ses attitudes, ses propos pour que la solution choisie initialement puisse être en effet la meilleure.

Ce qu'elle ne manquera pas de devenir alors naturellement. Par exemple, au sortir du confinement, difficile de savoir à l'époque s'il était opportun ou non d'imposer le masque à ses clients.

Décider que la réponse devait être  « oui  » doit s'accompagner alors d'une communication renforcée en amont de la visite à la clinique, d'un respect des consignes par tous, d'un discours clients harmonisé entre tous les collaborateurs et, enfin, de la mise à disposition de masques pour les clients arrivant éventuellement sans.

Et cela permettra de transformer naturellement cette décision en bonne solution. Troisième étape : écouter son intime conviction et surtout passer à l'action.

Se laisser piloter par ses peurs, c'est accepter un certain immobilisme, ce qui n'est guère cohérent avec la vision de l'entrepreneur. A l'inverse, opter pour le courage, oser, se libérer de ses peurs paralysantes passe d'abord par la prise de conscience qu'elles n'ont très souvent aucun réel fondement.

Puis par le passage à l'action : décider en se focalisant sur les gains et non sur les seules pertes et en se fiant aussi à son intuition, à son intime conviction, c'est à dire en se faisant confiance.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1540

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