Mammites cliniques : enjeux, recommandations et enquête sur l'utilisation de l'analyseur Mastatest pour une antibiothérapie raisonnée
Les mammites représentent 70 % des motifs d'utilisation d'antibiotiques dans les exploitations de vaches laitières.
© Laurent Mascaron
Laurent MASCARON
Correspondant en infectiologie et vaccinologie
Courriel : l.mascaron@orange.fr
Vaches laitières
Un symposium organisé par Vetoquinol, le 14 mai, à Nantes, lors des Journées nationales des GTV*, a permis de faire le point sur les pratiques d'usage des antibiotiques lors de mammite clinique des vaches laitières. Différentes recommandations issues du nouveau référentiel de traitement ont été présentées et illustrées par des cas cliniques. Les premiers résultats d'une enquête sur la mise en oeuvre en bactériologie du lait de l'analyseur Mastatest ND auprès d'une centaine d'utilisateurs, vétérinaires ou éleveurs bovins laitiers, dans les principales zones françaises de production, dans le cadre de la thèse d'exercice de notre confrère Paul Charlemagne, ont été dévoilés.
« Une pression sociétale et réglementaire croissante s'exerce pour rationaliser l'usage des antibiotiques en santé animale, concrétisée par la déclaration et le suivi des données d'utilisation des antimicrobiens en France maintenant possibles via CalypsoVet », a déclaré Patrice Ratier (responsable technique terrain animaux de rente Vetoquinol) lors du symposium organisé par Vetoquinol, le 14 mai, à Nantes, lors des Journées nationales des GTV*.
Notre consoeur Anne Chevance (chargée de projet à l'Anses-ANMV** sur le suivi des ventes et des utilisations des antimicrobiens en médecine vétérinaire) est intervenue pour délivrer un premier bilan dans les élevages laitiers à travers CalypsoVet (médicaments et aliments médicamenteux) : « entre 2023 et 2024, nous avons observé une augmentation du nombre de déclarations ainsi que du nombre de vétérinaires déclarants, avec des disparités territoriales. La Bretagne est plus avancée que les autres régions. En 2024, les familles d'antibiotiques les plus utilisées ont été les pénicillines, suivies des aminoglycosides et des céphalosporines, ces dernières étant très majoritairement administrées par voie intramammaire. Cependant manquent encore beaucoup de déclarations, à peine plus de 20 % des établissements de soins vétérinaires transmettant effectivement leurs utilisations d'antimicrobiens. Il faut que la collecte des déclarations progresse pour assurer un meilleur suivi des usages en médecine vétérinaire ».
Notre confrère Guillaume Lequeux (chef du service bactériologie vétérinaire à Labocea) a dressé un état des lieux des résistances bactériennes lors de mammites, qui représentent « 70 % des motifs d'utilisation d'antibiotiques dans les exploitations de vaches laitières ».
« La situation concernant l'antibiorésistance lors d'infection mammaire est plutôt rassurante en France et en Europe », a-t-il déclaré, « avec cependant quelques points d'attention concernant la résistance de Staphylococcus aureus à la pénicilline, celle des staphylocoques non dorés à la méticilline et certaines tendances à la résistance de Streptococcus uberis ».
Il a souligné le « potentiel de développement de résistances dans le microbiote des veaux buvant le lait des vaches traitées pendant le délai de retrait imposé par le RCP ainsi que le risque de contamination de l'environnement par des résidus d'antibiotiques », attesté dans de nombreuses publications (lire Dépêche Technique n° 196).
Recommandations : nouveau référentiel de traitement des mammites bovines
« Une méta-analyse récente (De Jong 2023) a montré qu'il est possible d'attendre 24 heures les résultats d'une analyse bactériologique lors de mammite non sévère des vaches laitières avant de décider d'un éventuel traitement antibiotique, sans incidence sur la durée des signes cliniques, le taux de guérison ou la performance laitière », a déclaré notre confrère Philippe Pottié (clinique vétérinaire de Valleiry (74520)), président de la commission qualité du lait de la SNGTV***).
Il a ensuite illustré à travers la présentation de cas concrets son expérience avec l'analyseur Mastatest ND, qui permet une caractérisation des bactéries dans un prélèvement de lait en 24 heures pour le traitement ciblé des mammites non sévères.
« Afin de tenir compte de la nécessité de restreindre l'emploi des antibiotiques en élevage et à la lumière des nouvelles données disponibles, la SNGTV a réactualisé et publié en 2025 son nouveau référentiel de traitement des mammites bovines, le précédent datant de 2013 », a souligné Philippe Pottié.
Des formations à ce nouveau référentiel, par le biais notamment de nombreux cas pratiques et en partenariat avec Vetoquinol, sont programmées par la SNGTV dans différentes régions françaises en 2025-2026, le programme étant téléchargeable sur son site Internet pour les adhérents.
Retours d'expérience des vétérinaires et éleveurs avec Mastatest
Notre confrère Paul Charlemagne a présenté les premiers résultats de son travail de thèse, soutenue en juin, portant sur une enquête menée auprès d'un large échantillon de vétérinaires (65 structures participantes avec renvoi du questionnaire complet) et éleveurs bovins laitiers (une trentaine) ayant utilisé l'analyseur Mastatest ND.
Répartis dans les principaux bassins de production français, ils ont témoigné pour 55 % et 63 % d'entre eux (vétérinaires et éleveurs, respectivement) qu'ils ne faisaient pas ou peu d'analyse bactériologique du lait lors de mammite avant d'utiliser cet analyseur. Les principales motivations des structures vétérinaires à son acquisition avaient été leur volonté de prescrire des traitements ciblés sans antibiotiques systématiques (75 %), développer la bactériologie en clientèle (63 %) et réduire le délai d'obtention des résultats (57 %).
« Après utilisation, ces structures ont noté une augmentation significative du nombre d'analyses bactériologiques réalisées lors de mammite, du nombre de mammites cliniques gérées par le cabinet ainsi que de leur taux de guérison, avec une diminution des prescriptions d'antibiotiques intramammaires à large spectre. Les vétérinaires comme les éleveurs ont constaté une meilleure gestion des mammites grâce à cet outil », a conclu Paul Charlemagne. ■
* GTV : groupements techniques vétérinaires.
** Anses-ANMV : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail-Agence nationale du médicament vétérinaire.
*** SNGTV : Société nationale des groupements techniques vétérinaires.
Références
Charlemagne P. Enquête auprès des vétérinaires et éleveurs bovins laitiers sur les motivations et l'impact du recours à un outil automatisé de diagnostic bactériologique des mammites bovines, thèse vétérinaire, ENVA, 2025.
De Jong et al. Invited review : selective treatment of clinical mastitis in dairy cattle, J Dairy Sci, 2023, 106, 3761-3778.





