Dermatite atopique du chien : attention aux pièges diagnostiques

Photo n° 1 Dermatite atopique chez un Labrador.

© Emmanuel Bensignor

Emmanuel BENSIGNOR

Spécialiste en dermatologie

Professeur associé de dermatologie-Oniris

Consultations référées de dermatologie et allergologie à Rennes-Cesson, Paris et Nantes

Dermatologie

Face à une suspicion de dermatite atopique chez un chien, le vétérinaire doit prendre en compte tous les éléments du diagnostic différentiel. Les tests d'allergie ne permettent que de révéler une sensibilisation et de nombreuses maladies ressemblent à cette affection. Il existe de plus des formes atypiques.

La dermatite atopique (DA) canine est une (si ce n'est la plus) fréquente cause de consultation en médecine vétérinaire. Son diagnostic est à la fois simple, basé sur des critères cliniques bien définis (tableau), mais aussi compliqué car de nombreuses maladies cutanées peuvent singer une DA « classique » et certains cas de DA (jusqu'à 20 %) ne « rentrent pas dans les cases » (DA « atypiques ») et finalement il n'existe pas (encore) de marqueur biologique de la maladie, les tests d'allergie, qu'ils soient sérologiques ou cutanés, n'étant pas fiables à 100 % et ne permettant, au mieux, que de révéler une sensibilisation.

Il en est de même chez l'Homme, pour lequel des critères hiérarchisés sont utilisés (critères essentiels, critères importants, critères associés et critères d'exclusion).

Premier écueil : les critères cliniques n'ont pas une spécificité de 100 %

En pratique, un chien présenté pour un prurit corticosensible, avec des lésions localisées au niveau de la face (photo n°1), notamment des lèvres et de la face interne des conques auriculaires, des pieds et des grands plis (ars, zones axillaires) a 80 % de chance d'être atopique.

Sur un plan probabiliste, c'est bien. Sur un plan individuel, cela l'est moins. Il faudra donc systématiquement prendre soin d'exclure les causes parasitaires (notamment la démodécie, la gale sarcoptique), infectieuses (notamment pyodermites et dermatite à Malassezia) et les autres allergies (dermatite par allergie aux piqûres de puces, allergie alimentaire) avant de conclure à une dermatite atopique sensu stricto.

Deuxième écueil : les critères cliniques n'ont pas une sensibilité de 100 %

Là encore, selon les études, la sensibilité des critères de Favrot varie aux alentours de 80 %. En pratique, cela implique que 20 % des chiens souffrant de DA ne correspondent pas aux critères, c'est loin d'être négligeable.

Dans notre expérience, il peut s'agir (entre autres) de formes localisées à l'extrémité des pavillons auriculaires (Staffordshire bull terrier), en zone périmamelonnaire (bouledogue français), en région ombilicale (Labrador) (photo n° 2), sur le plastron (boxer, bull terrier), d'otites externes isolées (toutes races), d'atteinte dorsolombaire exclusive (terriers), d'épisodes répétés d'urticaire, d'un prurit alésionnel généralisé chez le jeune...

En pratique, l'exploration de ces formes « atypiques » passe comme dans le cas précédent par une démarche d'exclusion afin d'éliminer du diagnostic différentiel les causes parasitaires et infectieuses de prurit avant d'envisager un diagnostic allergologique.

Troisième écueil : les tests d'allergie permettent le diagnostic de l'allergie, pas de l'atopie

Trop souvent encore, le praticien a tendance à amalgamer le résultat des tests d'allergie sérologiques ou cutanés avec un diagnostic de DA.

Rappelons que ces tests n'ont « que » l'intérêt de mieux caractériser le caractère allergique de la DA, dans un but de désensibilisation ou d'éviction (photo n° 3). Ils ne font en rien le diagnostic et leur interprétation passe par une démarche d'imputabilité (qui implique de corréler les résultats avec le mode de vie et la symptomatologie).

Quatrième écueil : une maladie qui évolue avec le temps

Là encore, force est de constater que la « croyance » consiste à penser que la DA est une maladie monolithique alors que, bien au contraire, elle a une tendance naturelle à évoluer dans le temps. Elle passe souvent de formes mineures (papules périmamelonnaires, lichénification abdominale- cf supra) à des formes classiques puis à des formes généralisées, voire compliquées.

Les sensibilisations évoluent aussi avec le temps (il a par exemple été démontré que les atopiques ont une tendance naturelle à se sensibiliser aux puces et à développer a posteriori une DAPP, ou que les atopiques souffrent plus fréquemment de lymphomes cutanés quand leur maladie évolue sur le long cours).

Il est donc important de toujours se remettre en question et de ne pas oublier tous les éléments du diagnostic différentiel... Cela doit être le quotidien du bon clinicien !

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1585

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