Covid-19 : quel impact sur la vaccination de nos carnivores domestiques ?

Il est important d'appliquer les mesures de prophylaxie sanitaire pour protéger au mieux les animaux de compagnie les plus à risques tant qu'ils ne sont pas vaccinés.

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Aurore HAMELIN

Médecine préventive

Le contexte sanitaire actuel bouleverse, entre autres, les différents plans vaccinaux des carnivores domestiques. Qu'il s'agisse d'un rappel, d'une primovaccination ou d'une vaccination rabique, il sera nécessaire de reporter au maximum ces actes à la levée du confinement. Le vétérinaire restant seul juge de l'importance, au cas par cas, de la vaccination d'un animal, il lui est conseillé de s'appuyer sur la durée d'immunité réelle que confère un vaccin dans la réévaluation des plans de vaccination. 

A l'occasion de l'épidémie engendrée par le virus SARS-Cov-2, coronavirus responsable de la maladie nommée Covid-19, la plate-forme de formation continue en ligne Wizzvet, en partenariat avec la Compagnie des animaux (qui commercialise les assurances SantéVet ND, Bulle Bleue ND, Jim&Joe ND et participe au développement de la médecine préventive grâce au programme PreventionVet) ont permis à notre confrère Ludovic Freyburger (directeur de la formation vétérinaire chez SantéVet, consultant en médecine préventive à VetAgro Sup et président du groupe d'étude en médecine préventive à l'Afvac*) de faire le point sur l'impact en matière de prévention des maladies infectieuses canines et félines qu'a et aura ce SARS-Cov-2.

Notre confrère rappelle en préambule que le Cnov**, dans son communiqué du 22 mars, et que la DGAL***, dans son instruction technique du 20 mars, sont en accord sur le fait que la médecine préventive ne relève pas d'un caractère d'urgence vitale et devra être reportée à l'issue du confinement.

La DGAL précise notamment que, dans le cadre des missions en lien avec l'habilitation sanitaire ou le mandat sanitaire du CRPM**** :

- les première et troisième visites des animaux mordeurs devront toujours être faites en présentiel, la seconde pouvant être réalisée par téléphone ;

- de même, les première et dernière visites sanitaires pour importation illégale seront réalisées en présentiel, les visites intermédiaires pouvant être aussi faites par téléphone ;

- pour ce qui est de la vaccination contre les dangers sanitaires, elle devra être maintenue lorsque le vétérinaire jugera qu'elle ne pourra pas être reportée ; rappelons que la rage est l'unique maladie considérée comme un danger sanitaire et réglementée pour les confrères canins ; le vétérinaire peut donc décider, dans cette situation, de reporter la vaccination antirabique, la France étant indemne de rage ; la primovaccination ou le rappel annuel pourront donc être également reportés, même pour des chiens de catégorie I et II.

Cas particuliers pour la rage

Des cas particuliers pour la vaccination rage sont à prendre en compte en fonction du contexte :

- c'est le cas de l'ile de Ré où un cas de rage récent impose le respect des recommandations des autorités sanitaires locales ;

- c'est aussi le cas de propriétaires ayant un voyage imposé, dans un pays à risque, rapidement après la levée du confinement (d'autant plus s'il s'agit d'un pays non dérogataire concernant le titrage des anticorps antirabique).

Pour les autres personnes ayant des voyages prévus, si la date du rappel rage est dépassée à la levée du confinement, il faudra expliquer à ces propriétaires que les vaccinations et le dosage des anticorps devront être réitérés pour leur animal. Les dates de voyage seront alors reculées.

L'Ordre propose, à titre indicatif, un tableau récapitulatif sur son site Internet des actes possibles à effectuer pour les vétérinaires selon leur activité.

Actualisé au 24 mars (à la date du 30 mars), il y est indiqué de reporter également toute autre vaccination pendant la période de confinement, même si elle concerne des zoonoses telle que la leptospirose.

Primovaccination à moduler

Cette mesure toucherait, selon Ludovic Freyburger, les chiots en période de primovaccination pour lesquels il sera probablement nécessaire de reprendre le protocole de primovaccination. Pendant cette période, il est important d'appliquer les mesures de prophylaxie sanitaire pour protéger au mieux les animaux de compagnie les plus à risques.

Cet avis, cependant, ne fait pas l'unanimité dans la profession et il revient à chaque vétérinaire de l'appliquer ou non selon son appréciation de la situation du patient.

Ces mesures ne sont pas suffisantes dans les collectivités dans lesquelles la gestion des maladies infectieuses diffère. Il est alors possible, selon la situation, de maintenir les vaccinations dans les élevages, refuges et fourrières.

Pour ce qui est des maladies vectorielles, les priorités seront portées sur la lutte contre les vecteurs (produits antiparasitaires, surveillance deux fois par jour des tiques pour les éliminer dès leur fixation sur l'animal).

« La vente de ces produits ne doit pas justifier la levée du confinement et la mise en danger de l'équipe soignante. Il faudra privilégier d'autres voies qui n'exposent pas les personnes au risque de contamination par le SARS-Cov-2 », a précisé notre confrère.

Il est donc recommandé de ne pas laisser sortir les animaux non vaccinés ou insuffisamment vaccinés (protocole de primovaccination débuté mais non poursuivi par exemple ou rappels manqués) ou, en ville, de se limiter à des sorties strictement nécessaires, loin des « crottodromes » urbains dans lesquels les risques infectieux sont plus importants.

Cette limitation des mouvements réduit le risque d'accidents sur la voie publique et le nombre possible de blessures induites par les carnivores (comme des morsures) et donc, le risque de rupture du confinement et la mise en danger potentielle des équipes soignantes, vétérinaires ou humaines.

À la suite de la levée du confinement, les vétérinaires devront examiner chaque situation individuelle pour mettre à jour le statut vaccinal de leurs patients.

Durée d'immunité réelle

Cette évaluation devra prendre en compte la durée d'immunité réelle (DOI ; issue de données scientifiques) induite par une vaccination antérieure.

Pour des animaux adultes à jour de leur vaccination, les valences CHP***** chez le chien et panleucopénie chez le chat ont une durée d'immunité qui varie de plusieurs années à 9 ans, une seule injection de rappel leur sera nécessaire en cas de dépassement de la date de vaccination. « Cette DOI est différente de l'immunité indiquée par les RCP des vaccins, les laboratoires ne pouvant malheureusement communiquer uniquement sur cette seule RCP, pour des raisons règlementaires », a souligné notre confrère.

Dans cette période particulière, il faut rester humble car les connaissances manquent encore.

Le conférencier ne disposait, par exemple, d'aucune information concernant les furets et leur risque d'être contaminés par le SARS-CoV-2.

On sait que les chiens et les chats sont touchés par des alpha-coronavirus (infections digestives).

Le chien peut aussi être infecté par un béta-coronavirus mais ce virus appartient à un sous-genre différent de celui du SARS-CoV-2.

Il présente alors une atteinte respiratoire du Canine Infectious Respiratory Disease Complex (CIRDC ; voir DT n°153).

Même s'il est difficile d'estimer les risques de contamination liés aux chiens et chats (voir DV n° 1522), l'intervenant a déclaré : « Deux cas de chiens, indépendants l'un de l'autre, ont été décrits en Asie avec des RT-PCR orale et/ou nasale positives pour le SARS-Cov-2. Ces chiens ne présentaient aucun signe clinique, ni aucune infection active : la détection par RT-PCR met simplement en évidence la présence d'ARN viral. Le premier chien est d'ailleurs sorti de quarantaine après deux prélèvements négatifs en RT-PCR ».

Une première synthèse traduite en français résume les conseils de la WSAVA****** pour ses membres vétérinaires américains, elle est disponible en ligne*******.

Il n'existe donc pas de données sur la survie du SARS-Cov-2 sur les poils d'animaux (en cas d'éternuements sur le chien ou chat suivi d'une caresse par un tiers).

Refuser les léchages

Par ailleurs, les durées de survie du SARS-Cov-2 sur des surfaces inertes varient énormément selon les études (allant de quelques heures à 9 jours) puisque cette survie est liée à de nombreux facteurs (nature du support, température, humidité, etc.).

Il est donc important de rappeler aux propriétaires le respect strict des règles d'hygiène : se laver les mains avec du savon après contact avec son animal de compagnie et refuser tout léchage de sa part.

Au défaut vaccinal, s'ajoutent les troubles possibles de sociabilisation et socialisation des jeunes chiens confinés, qu'il ne faudra pas sous-estimer lors du retour à la vie « normale ».

Il est important de donner des conseils au propriétaire pour permettre au mieux à l'animal de se développer pendant cette période de confinement.

En attendant, les vétérinaires devront communiquer clairement sur les raisons qui les portent à différer les vaccinations, même d'un jeune animal, afin de préparer l'après confinement.

Que pèse le prix d'une dose vaccinale supplémentaire par rapport à une vie humaine épargnée ?

Les praticiens respecteront sans aucun doute les consignes gouvernementales, le confinement ne devrait donc être rompu que pour des actes urgents et ne pouvant être reportés.

* Afvac : Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.

** CNOV : Conseil national de l'Ordre des vétérinaires.

*** DGAL : Direction générale de l'alimentation.

**** CRPM : Code rural et de la pêche maritime. 

***** CHP : maladie de Carré ; hépatite canine contagieuse ; parvovirose. 

****** WSAVA : The World Small Animal Veterinary Association.

******* Site Internet : https://bit.ly/2UQBLqm.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1523

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