One health Summit  : un accélérateur de visibilité pour le concept Une seule santé

Le président de la République, Emmanuel Macron, a présenté plusieurs chantiers concrets en faveur du One health.

© M.L.

Maud LAFON

Evenement

Les initiatives visant à ancrer de façon pérenne l'approche One health dans nos sociétés se multiplient. Dans cette optique, la France, à l'occasion de sa prise de présidence du G7, a organisé le One health Summit, à Lyon, les 6 et 7 avril. Scientifiques, dirigeants, décideurs, financiers y ont présenté et annoncé des actions concrètes en faveur du One health qui seront synthétisées dans les futurs Engagements de Lyon, document politique de référence issu du sommet. Parmi les annoncés faites à cette occasion figure la création d'un nouveau statut pour les antibiotiques.

« Les défis posés par la santé mondiale imposent de la coopération. Or la situation internationale vient la fragmenter ». C'est en ces termes que le président de la République Emmanuel Macron a introduit son allocution à l'occasion du One health Summit qui s'est tenu les 7 et 8 avril à Lyon, en présence de nombreuses délégations officielles. Cette neuvième édition du One Planet Summit, bâti en décembre 2017 pour réagir à la fragmentation de l'ordre international, était centrée cette année sur le One health.

Cette coalition d'acteurs a été réunie à l'origine pour sauver les Accords de Paris, quand les Etats-Unis ne les ont pas ratifiés. Après l'océan, la biodiversité, les forêts ou les pôles, c'est donc la santé qui a animé cette coalition cette année.

Six cents scientifiques

Quelque 600 scientifiques dont des vétérinaires, plus de 20 chefs d'Etat, ministres et dirigeants politiques, des représentants d'organisations internationales et du secteur privé étaient réunis. Le sommet visait à accélérer la mise en oeuvre opérationnelle de l'approche One health. Maladies zoonotiques, résistance aux antimicrobiens, pollution, systèmes alimentaires durables ont été abordés dans des sessions dédiées.

Plusieurs annonces d'initiatives nationales et internationales orientées sur le One health ont été faites à cette occasion et des engagements financiers ont été pris.

La France, qui prend la présidence du G7 pour six mois, accueillait cet événement international et entend profiter de ce statut pour « bâtir des solutions concrètes », a annoncé le président de la République.

Il en a d'ailleurs listé quelques-unes, notamment sept chantiers concrets pour rendre l'approche One health opérationnelle sur lesquels ce sommet a permis d'avancer, qui seront synthétisés dans Les engagements de Lyon, un paquet d'engagements politiques, scientifiques et financiers :

- lancement d'un pacte international pour préserver l'efficacité des antibiotiques avec des engagements à réduire leur usage inapproprié et garantir un accès équitable et durable aux antibiotiques essentiels ; bannir l'usage des antimicrobiens comme facteurs de croissance en élevage ; lancement d'un méta-réseau international sur la résistance aux antimicrobiens pour coordonner les efforts et mieux comprendre la menace ;

Partage des données

- structuration d'une gouvernance mondiale coordonnées sur le One health : engagement de la France et de six autres Etats à soutenir le groupe d'experts de haut niveau sur l'approche Une seule santé et inscrire durablement les enjeux de santé dans les discussions climatiques ;

- partage des données de santé animale, santé humaine et santé environnementale à l'échelle mondiale dans un cadre volontaire pour mettre en commun et analyser ces données (One health data convergence) ;

- élargissement de la coalition internationale de l'initiative Prezode (Preventing Zoonotic Disease Emergence) lancée en janvier 2021 lors d'une précédente édition du One Planet Summit à travers de nouveaux partenariats ;

- mobilisation politique autour du traité sur la lutte contre la pollution plastique ;

- adoption avec plusieurs Etats et l'Organisation mondiale de la santé d'une déclaration qui vise à converger autour d'une définition harmonisée des aliments ultratransformés, à en reconnaître les impacts sanitaires et environnementaux dans le but de mettre en place une politique publique adaptée pour une alimentation plus saine et plus durable ;

- lancement du réseau One health Brain pour comprendre et prévenir l'impact des transitions environnementales sur la santé cérébrale dont la santé mentale.

Appels à projets EcoAntibio

Dans le prolongement de ces engagements internationaux, le président a également annoncé la structuration au niveau national de l'organisation autour de l'approche One health. Il a notamment mis l'accent sur le renforcement de l'articulation entre science et décision publique et souligné les appels à projets EcoAntibio qui « permettent de limiter l'émergence et la diffusion de résistance chez les animaux et les risques qui y sont associés ».

Un esprit de prévention des risques émergents prévaut dans toutes ces initiatives.

Les autres pays ont également exposé leurs solutions, les représentants des délégations officielles étant invités à présenter des initiatives individuelles en faveur du One health. Parmi elles, on peut noter la mise en place d'une task force interministérielle One health en France, effective depuis avril 2023 ; la création d'un fonds mondial de lutte contre les pandémies en 2022 ; la création d'une plate-forme One health en Allemagne il y a cinq ans ; une recherche commune sur les vaccins humains et animaux en Indonésie ; la mise en place d'un comité de pilotage One health en Guinée qui se réunit tous les six mois et prend en compte la multisectorialité de la santé ; l'expérience, depuis 2023, d'un plan national de prévention, de surveillance et de lutte contre les zoonoses d'origine vectorielle en Espagne qui traite notamment de la fièvre à virus West Nile, de la fièvre de la vallée du Rift et de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, etc.

Tirer des enseignements

Chaque crise permet de tirer des enseignements, comme l'a expliqué le ministre de la Santé et de l'Action sociale du Sénégal, le Dr Ibrahima Sy, en revenant sur l'épisode de fièvre de la vallée du Rift que son pays a connu l'été dernier et qui a provoqué 561 cas dont 31 mortels. « Face à une épidémie, il faut une bonne cartographie des foyers pour circonscrire les interventions autour et prévenir la diffusion du virus, disposer de stocks d'intrants suffisants et cela dépend notamment des ressources financières, renforcer la surveillance collaborative, d'où l'importance du Pandemic Fund, maîtriser la communication et renforcer la collaboration transfrontalière », a-t-il résumé.

« Toutes ces avancées reposent sur une science libre, ouverte et indépendante. La santé mondiale ne progressera pas si la science devient un objet politique », a alerté le président. Il a réaffirmé l'importance d'une gouvernance mondiale pleinement transparente et de stratégies assumées par les pays.

Durant deux jours, officiels, scientifiques, financiers, entreprises, politiques ont assisté à des conférences et tables rondes visant à présenter des initiatives concrètes sur le concept Une seule santé. Parmi eux, plusieurs vétérinaires assistaient ou intervenaient, à l'instar de notre confrère Marc Prikazsky, PDG de Ceva Santé animale, qui a participé à la conférence « One Health et souveraineté sanitaire face aux menaces globales », le 7 avril, dans le cadre du Forum économique qui s'est tenu en marge du sommet. Organisé par French Healthcare Association, en lien avec le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, le Forum a rassemblé 500 participants, issus de 35 pays, autour d'une conviction commune : les grands défis sanitaires, environnementaux et économiques appellent des réponses plus intégrées, plus innovantes et plus collectives.

Lutte contre la rage

A cette occasion, notre confrère a pris l'exemple de la lutte contre la rage, maladie contre laquelle son laboratoire a développé un nouveau vaccin oral, Rabitec Dog ND, dont le taux d'efficacité est de 96 %, et a mis l'accent sur la nécessaire volonté politique qui doit accompagner les initiatives One health et permettre de prendre en charge leur coût. « Nous avons les moyens techniques et scientifiques de régler bon nombre de maladies infectieuses mais avons besoin pour cela d'un engagement fort de la part du gouvernement », a-t-il souligné, illustrant les tensions toujours fortes entre science et politique.

Un des problèmes vient en effet du fait que les initiatives One health nécessitent une vision holistique à long terme, ce qui ne correspond pas au calendrier politique. « Une planification à long terme a été possible dans le secteur de l'énergie. Il faut faire de même pour la santé, l'environnement, l'eau », a indiqué Thomas Triomphe, vice-président exécutif en charge des vaccins chez Sanofi.

« Avec la présidence du G7, la France a la possibilité de remettre la santé à l'agenda et de conduire des actions collectives. Des choix tangibles peuvent être faits, notamment en termes de politique fiscale », a-t-il poursuivi. Il a rappelé qu'un récent rapport de l'OCDE* estimait qu'1 euro investi dans un vaccin rapportait 14 euros et jusqu'à 19 euros pour un vaccin humain.

Hommage à la profession vétérinaire

La santé animale, un des trois piliers du One health avec la santé humaine et la santé environnementale, a été abordée dans plusieurs sessions.

En introduction de la journée du 7 avril, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a rappelé plusieurs dispositifs mis en place dans notre pays comme le protocole de surveillance active Saga (Surveillance active de la grippe aviaire), qui vise à détecter précocement des cas de transmission zoonotique de l'animal à l'Homme pour mieux les comprendre et ainsi réduire les risques pour les personnes exposées et limiter la diffusion de l'influenza aviaire. Elle a rendu hommage à la profession vétérinaire, « qui incarne l'approche One health », en rappelant que les vétérinaires étaient « des acteurs majeurs de santé publique et en première ligne de notre système sanitaire ». « Ce sont les premiers à détecter les signaux faibles », a-t-elle poursuivi.

Pour elle, « cette vigilance de terrain ne prend tout son sens que si elle s'inscrit dans des dispositifs collectifs structurés ».

Elle a par ailleurs annoncé le programme prioritaire de recherche Elevages durables de 45 millions d'euros et les résultats d'un appel à projets Agence nationale de la recherche Flash sur les poxvirus de 2 millions d'euros, deux iniatives visant à accélérer la recherche en santé animale.

Outre la collaboration, un autre mot clé de ce sommet a été la donnée et son partage.

Une session dédiée au combat contre les résistances microbiennes a mis en avant les actions concrètes mises en place par différents pays et le partage d'expérience. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a rappelé l'importance des antibiotiques, un « bien commun thérapeutique ».

Pandémie silencieuse

« L'antibiorésistance est une pandémie silencieuse, responsable de plus d'un million de décès par an et ce chiffre pourrait atteindre 39 millions d'ici 2050 », a-t-elle souligné en ajoutant qu'« à termes, nos systèmes de santé pâtiraient de nos inactions ». Disposer de données fiables et comparables, revoir les pratiques, développer des alternatives font partie de la solution. Néanmoins, « le modèle économique des antibiotiques est défaillant et les laboratoires s'en désintéressent », a-t-elle noté.

Elle a annoncé la création d'un statut spécifique pour les antibiotiques, construit avec les parties prenantes, qui permettra d'adapter les mesures législatives et réglementaires.

L'environnement n'était pas en reste dans les débats avec notamment un focus sur la gestion de l'eau et des déchets et les risques liés aux polluants comme les PFAS. Xavier Girre, CEO de Suez, a rappelé que tous les ans, le monde produit 2 milliards de tonnes de déchets solides dont un tiers de déchets non contrôlés qui sont jetés sans traitement ou brûlés.

Parce que « la prochaine pandémie n'est pas une question de « si » mais « quand » », cet événement diplomatique majeur a permis des annonces multiples mais encore fragmentées, preuve que l'esprit de collaboration qui anime le concept One health reste difficile à mettre en oeuvre.

* OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques.

>> LIRE AUSSI : « Les vétérinaires sont partout dans le One Health »

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1795

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