Les centres de soins à la faune sauvage ont besoin de communication et de dons
En moyenne, un animal qui arrive en centre va coûter 50-60 euros.
© Céline Grisot
Biodiversité
La période estivale a été critique pour les centres de soins à la faune sauvage et notamment Faune Alfort, situé dans l'enceinte de l'école vétérinaire, qui a lancé un appel à l'aide en juillet (lire DV n° 1762). En cause, un nombre d'animaux accueillis en forte hausse dû en partie au dérèglement climatique. Président de Faune Alfort et de la fédération Réseau des centres de soins faune sauvage, notre confrère Jean-François Courreau revient, à froid, sur ce triste bilan et les moyens d'améliorer la situation dans son centre et la centaine d'autres présents sur le territoire national.
■ La Dépêche Vétérinaire : Vous avez alerté cet été sur l'extrême difficulté vécue par Faune Alfort et les autres centres de soins à la faune sauvage situés sur le territoire national avec un accueil d'animaux en nombre inédit (lire DV n° 1762). A quoi est due cette saturation et quelles sont les solutions pour la sauvegarde des centres de soins eux-mêmes ?
Jean-François Courreau, président de Faune Alfort et de la fédération Réseau des centres de soins faune sauvage : Ces dernières années, nous constatons un effet de notoriété croissante des centres de soins, mieux connus car lié à la recherche de solutions pour la faune en détresse par un nombre de personnes de plus en plus grand, de plus en plus sensibles à la souffrance animale et à la vulnérabilité de la faune sauvage. Quand, en plus, arrivent des épisodes météorologiques extrêmes comme les tempêtes, les orages de grêle et surtout les canicules, alors les centres sont submergés.
La seule solution pour leur sauvegarde est l'augmentation de leurs moyens financiers, surtout pour garantir un personnel qualifié suffisant, seul capable de faire face avec efficacité aux fortes charges de travail. En gros, les centres ont 1 soigneur pour 1 000 animaux accueillis, c'est dérisoire. Les bénévoles constituent l'essentiel de la main d'oeuvre mais ce ne sont pas des professionnels du soin.
En moyenne, un animal qui arrive en centre va coûter 50-60 euros. Pour travailler dans de bonnes conditions, il en faudrait 3 fois plus.
Les centres qui souffrent le plus sont ceux qui dépendent surtout des subventions publiques car la conjoncture économique est très mauvaise. Tous les ans, nous déplorons des fermetures.
■ D.V. : La situation est-elle toujours compliquée aujourd'hui pour votre centre et les autres ?
J.-F.C. : Juillet est le mois le plus chargé de l'année. A Faune Alfort, nous avons reçu
2 000 animaux, c'était 1 500 en 2024 ! En août, l'activité décroît car il y a beaucoup moins de juvéniles mais nous constatons que, d'année en année, la saison de forte activité se prolonge et, maintenant, partout en France, l'automne est chargé aussi, particulièrement à cause des reproductions tardives chez le hérisson. Il faut savoir que c'est la première espèce accueillie dans les centres.
La situation est donc compliquée à gérer pendant les trois quarts de l'année maintenant. En fait, à Faune Alfort, avec 10 000 animaux reçus par an, il n'y a même plus de pause hivernale !
■ D.V. : Outre d'être hébergé dans une école nationale vétérinaire, quelles sont les particularités de Faune Alfort par rapport aux autres centres de soins ? En existe-t-il un dans chaque école vétérinaire ?
J.-F.C. : Alfort, Nantes et Toulouse ont un centre de soins. A Alfort, la particularité du centre, déclinaison faune sauvage du CHUV, c'est qu'il est majoritairement financé par une association, en l'occurrence Faune Alfort ; notamment, le personnel, hors vétérinaires, soit 12 personnes, est salarié de l'association.
De plus, compte tenu de l'exiguïté du campus, Faune Alfort a créé un centre sur un terrain appartenant au département du Val de Marne, à Mandres les Roses, comportant 50 volières et enclos dédiés à l'élevage des jeunes et à la réhabilitation avant relâcher des animaux provenant du CHUV-FS.
■ D.V. : Combien d'étudiants interviennent-ils à Faune Alfort et comment s'organise cette collaboration ?
J.-F.C. : Il y a 60 à 80 étudiants par an, principalement des premières années du cursus, qui sont bénévoles au centre. Ils viennent après les cours, dans le cadre d'un enseignement optionnel, participent à toutes les activités du ressort des bénévoles et, en plus, sont formés à la prise en charge des animaux par les vétérinaires de l'ENVA et les soigneurs de Faune Alfort. Cette formation pratique complète les quelques heures d'enseignement obligatoire sur la faune sauvage.
■ D.V. : Les particuliers sont-ils suffisamment informés du rôle des centres de soins à la faune sauvage et de leurs modalités de fonctionnement à votre avis ?
J.-F.C. : Compte tenu de l'augmentation forte des accueils dans les centres de soins, on pourrait croire que le grand public est informé. En fait, non, en règle générale, on apprend l'existence et le rôle des centres quand on en a besoin.
Les reportages assez nombreux sur les centres, et Faune Alfort en a connu beaucoup cet été, sont en fait insuffisants pour faire connaître la réalité du travail, les compétences nécessaires, les moyens mis en oeuvre.
C'est peut-être pire encore avec les élus, ceux auxquels on demande des subventions : lorsqu'à titre exceptionnel, ils sont invités pour une visite de centre, ils tombent des nues, découvrant une organisation, des moyens et un savoir-faire de professionnels, dans le domaine des soins mais aussi de l'information et de la communication sur la faune sauvage. ■
Encore plus d'infos !
Site Internet : www.faune-alfort.org, onglet : Faire un don.






