Le Pr Charles Pilet n'est plus
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Jeanne BRUGERE-PICOUX
Professeure honoraire agrégée de pathologie du bétail à l'école vétérinaire d'Alfort
Présidente honoraire de l'Académie vétérinaire de France et membre de l'Académie nationale de médecine
Hommage
Ancien directeur de l'école vétérinaire d'Alfort, le Pr Charles Pilet nous a quittés le 7 avril dernier.
Le Pr Charles Pilet s'est éteint le 7 avril 2026, laissant derrière lui une empreinte profonde dans le monde vétérinaire et médical. Grande figure de la médecine vétérinaire et des sciences biomédicales françaises du XXᵉ siècle et visionnaire, il a consacré sa vie à rapprocher la santé animale et la santé humaine, contribuant ainsi de manière décisive à l'émergence du concept d'une seule santé.
Né en 1931, après une préparation vétérinaire au lycée Faidherbe à Lille (où son professeur de physique était mon père Robert Picoux), il a étudié à l'école nationale vétérinaire de Lyon entre 1950 et 1954.
Diplômé de microbiologie à l'institut Pasteur en 1955, il rejoint l'école nationale vétérinaire d'Alfort (ENVA) où il mènera l'essentiel de sa carrière dans la chaire de Microbiologie-immunologie et pathologie générale (agrégation en 1960, chef de service en 1964).
Il accède à la direction de l'ENVA de 1975 à 1985. Son mandat est marqué par une modernisation profonde de l'école, tant sur le plan scientifique qu'international, avec notamment la création d'un institut d'immunologie reconnu par l'Organisation mondiale de la santé.
Il faut noter aussi l'importance de sa recherche sur la brucellose qui sévissait alors chez l'Homme comme chez les ruminants avant les grandes prophylaxies. Mais l'ENVA bénéficia surtout de l'impulsion importante qu'il donna dans la rénovation des bâtiments historiques et la construction de nouveaux bâtiments d'enseignement ou d'une nouvelle résidence étudiante.
Il fut élu dans de nombreuses académies : Académie vétérinaire de France en 1977 et Académie nationale de médecine (ANM) en 1983 dont il sera le président en 1988 et 1999 respectivement, Académie des sciences en 1990, Académie des technologies en 2000.
Ses travaux et prises de position ont trouvé un écho particulier lors des grandes crises sanitaires, notamment celle de l'encéphalopathie spongiforme bovine. En février 1999, alors que Bruxelles envisageait de lever l'embargo européen sur les produits bovins britanniques, il proposa un avis contraire en tant que président de l'ANM alors que ce ne sera que beaucoup plus tard, en décembre 1999, que l'Afssa* demandera le maintien de cet embargo jusqu'en 2002.
Au-delà de ses fonctions et de ses distinctions, Charles Pilet laisse le souvenir d'un maître attentif, d'un scientifique exigeant et d'un humaniste convaincu.
Ces dernières années, ce fut surtout un ami que je rencontrais lors de nos réunions à l'ANM. Il était très discret sur sa vie familiale mais j'ai admiré le dévouement qu'il eut en accompagnant à son domicile son épouse atteinte d'une longue maladie. Il m'encouragea souvent en me téléphonant régulièrement lorsque j'ai eu cette même expérience avec mon époux quelques années plus tard.
L'ensemble de la profession vétérinaire souhaite saluer sa reconnaissance pour son parcours exemplaire et son héritage précieux et adresse ses plus sincères condoléances à sa famille et ses proches. ■
* Afssa : Association française de sécurité sanitaire des aliments (devenue l'Anses).





