Le bonheur d'être vétérinaire à travers des études internationales
Les principaux ressorts du bonheur du vétérinaire sont aider les animaux, faire une différence et avoir une vocation.
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Christophe HUGNET
Analyse
Les sources de bonheur pour les vétérinaires sont nombreuses : équilibre entre des résultats cliniques positifs, relations humaines enrichissantes, sentiment d'utilité profonde et environnement de travail qui favorise l'autonomie et le développement personnel. La profession est marquée par un fort stress et des risques de suicide élevés. Des études mettent en avant des solutions pour améliorer la résilience individuelle.
Plusieurs travaux (dont les rapports du Pr Truchot, consultables sur le site www.veterinaire.fr) et articles explorent la santé mentale et le bien-être au sein de la profession vétérinaire, un secteur marqué par un fort stress et des risques de suicide élevés. Ces textes analysent comment les biais de négativité et les charges de travail intenses affectent le moral, tout en soulignant l'importance de la résilience individuelle. Plusieurs études mettent en avant des solutions concrètes, telles que le développement de ressources personnelles comme l'optimisme et l'autonomie professionnelle.
Les recherches comparent également la satisfaction au travail entre les employeurs et les salariés, notant que le soutien social est crucial. Enfin, les auteurs encouragent un changement de perspective vers la psychologie positive pour favoriser l'épanouissement durable des praticiens.
Les sources de bonheur pour les vétérinaires, bien que la profession soit reconnue comme particulièrement exigeante et stressante, sont nombreuses et touchent à la fois à l'accomplissement professionnel, aux relations humaines et animales et au sens profond de leur mission2,3.
L'expertise professionnelle et le défi intellectuel sont les plus fréquemment cités comme sources de bonheur. Les vétérinaires tirent un grand plaisir de l'utilisation de leurs compétences spécifiques6.
Dans la tradition de l'eudémonisme
Les défis intellectuels constitués par la variété des cas cliniques et la résolution de problèmes complexes (comme faire un diagnostic difficile ou inhabituel) sont des moteurs majeurs de satisfaction3,6. Les succès cliniques liés à la réussite d'un traitement ou d'une procédure chirurgicale apportent un sentiment d'accomplissement immédiat3,6. Enfin, l'apprentissage continu via la formation continue et l'acquisition d'expérience tout au long de la carrière et développer de nouvelles compétences sont très valorisants3,6,13.
Le bonheur des vétérinaires s'inscrit souvent dans la tradition de l'eudémonisme, c'est-à-dire un bien-être dérivé d'une vie pleine de sens et de la réalisation de son potentiel3. Les principaux ressorts sont :
- aider les animaux : soulager la souffrance, sauver des vies et améliorer le bien-être animal sont des sources de gratification profonde2,6 ;
- faire une différence : le sentiment de contribuer positivement à la société et à la vie des clients paraît essentiel6,15 ;
- une vocation : pour beaucoup, la profession est perçue comme un appel ou une passion née dès l'enfance, ce qui renforce le sentiment de bonheur lors de son exercice3.
Les relations, le soutien social, le contact avec les autres sont des piliersdu bien-être au travail1,6. Les relations avec les clients, bien que parfois sources de stress, les interactions positives avec les propriétaires d'animaux et leur gratitude sont très gratifiantes6,13. L'esprit d'équipe est une valeur qui permet de travailler dans un environnement de soutien avec des collègues serviables et aidants. La notion de culture d'entreprise semble augmenter considérablement la satisfaction au travail2,13.
La reconnaissance est importante
La reconnaissance de ses pairs et par les détenteurs d'animaux est importante : recevoir un simple merci ou voir son travail apprécié est souvent plus valorisé que les récompenses financières6,13.
Les conditions de l'exercice professionnel et l'équilibre vie professionnelle/vie personnelle sont essentiels à l'atteinte du bonheur. L'autonomie, dont la capacité d'influencer ou de contrôler les décisions liées à son travail (latitude décisionnelle), est un prédicteur fort de l'engagement et du bonheur9,3. La variété des tâches via la diversité quotidienne entre les diagnostics, la chirurgie, les soins préventifs et les contacts humains évite la monotonie2,3,6. L'importance de l'équilibre de vie est devenue une préoccupation qui dépasse les nouvelles générations : bien que difficiles à atteindre, une flexibilité horaire et un bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle semblent cruciaux pour maintenir un bonheur durable6,13,14.
Bien que l'argent ne soit généralement pas la motivation première (le sens du travail passant souvent avant), une rémunération adéquate et des avantages sociaux satisfaisants contribuent au sentiment de sécurité et de satisfaction globale2,8,9. Une corrélation forte a été observée au Canada entre le niveau de rémunération et la satisfaction au travail des vétérinaires salariés8.
En résumé, le bonheur d'un vétérinaire repose sur l'équilibre entre des résultats cliniques positifs, des relations humaines enrichissantes, un sentiment d'utilité profonde et un environnement de travail qui favorise l'autonomie et le développement personnel. ■
Bibliographie
1 Bartram D., Boniwell I., The science of happiness : achieving sustained psychological wellbeing, 2007, In Practice, 29:8, 478-482.
2 Byun H.-Y., Shin S.-J., Job Satisfaction and Mental Health among Veterinarians, 2025, International Journal of Environmental Sciences, Vol. 11 No. 1s, 169-180.
3 Cake M. A., Bell M. A., Bickley N., Bartram D. J., The Life of Meaning : A Model of the Positive Contributions to Well-Being from Veterinary Work, 2015, Journal of Veterinary Medical Education, 42(3), 184-193.
4 Cake M. A., McArthur M. M., Matthew S. M., Mansfield C. F., Finding the Balance : Uncovering Resilience in the Veterinary Literature, 2017, Journal of Veterinary Medical Education, 44(1), 95-105.
5 Clise M. H., Kirby N., McArthur M. L., Is veterinary work more than satisfying ? A critical review of the literature, 2021, Veterinary Record, e77.
6 Clise M. H., Matthew S. M., McArthur M. L., Sources of pleasure in veterinary work : A qualitative study, 2021, Veterinary Record, e54.
7 Deacon R. E., Brough P., Veterinary nurses' psychological well-being : The impact of patient suffering and death, 2017, Australian Journal of Psychology, 69:2, 77-85.
8 Doherty C., Maybe money can buy happiness : Associate satisfaction and compensation, [s.d.], Canadian Veterinary Journal, [s.n.], [s.p.].
9 Elte Y., Acton K., Martin J., Nielen M., van Weeren R., Wolframm I., Engage and enjoy-investigating predictors of employee engagement and work satisfaction in equine veterinary professionals, 2023, Frontiers in Veterinary Science, Vol. 10, 1036388.
10 Jansen W., Lockett L., Colville T., Uldahl M., De Briyne N., Veterinarian-Chasing a Dream Job ? A Comparative Survey on Wellbeing and Stress Levels among European Veterinarians between 2018 and 2023, 2024, Veterinary Sciences, 11(1), 48.
12 Mastenbroek N. J. J. M., The Art of Staying Engaged : The Role of Personal Resources in the Mental Well-Being of Young Veterinary Professionals, 2017, Journal of Veterinary Medical Education, 44(1), 84-94.
13 Stoewen D. L., Veterinary happiness, 2016, Canadian Veterinary Journal, 57(5), 539-541.
Gros Plan : Les atouts de la psychologie positive
La psychologie positive est une discipline scientifique relativement récente qui étudie les aspects positifs de la vie humaine, par opposition au modèle traditionnel de la psychologie souvent centré sur la maladie et les dysfonctionnements1,13. Fondée officiellement au tournant du siècle par des chercheurs comme Martin Seligman et Mihaly Csikszentmihalyi, elle cherche à comprendre comment les individus et les sociétés peuvent s'épanouir et prospérer.
Voici les éléments fondamentaux de la psychologie positive tels que décrits dans la bibliographie.
Un changement de paradigme
Contrairement à la psychologie classique qui se concentre sur le modèle de la maladie (traiter ce qui ne va pas), la psychologie positive s'intéresse à ce qui rend la vie digne d'être vécue1. Elle explore les expériences subjectives positives, les traits de caractère positifs et les institutions qui favorisent le bien-être5.
Les deux formes de bien-être
La psychologie positive distingue généralement deux types de bonheur5,13 :
- l'hédonisme : la recherche du plaisir immédiat, des émotions positives et de l'absence de douleur6,13 ;
- l'eudémonisme : un bien-être plus profond dérivé de la poursuite de sens, de la réalisation de son potentiel et de l'engagement dans des activités gratifiantes3,6,13.
La règle des 40 %
Les recherches de la psychologue Sonja Lyubomirsky, citées dans les sources, suggèrent que notre bonheur est déterminé par trois facteurs1,13 :
- 50 % par notre patrimoine génétique (le point de consigne biologique) ;
- 10 % par nos circonstances de vie (revenus, lieu d'habitation, santé) ;
- 40 % par nos activités intentionnelles (nos choix et comportements quotidiens) ; cela signifie qu'une part significative de notre bonheur est sous notre contrôle direct par la pratique d'activités délibérées.
Concepts et outils clés
La psychologie positive s'appuie sur plusieurs théories et outils pratiques pour renforcer le « muscle du bonheur » :
- le modèle Perma : développé par Seligman, il identifie cinq piliers du bien-être : émotions positives, engagement, relations, sens et accomplissement3,5,6 ;
- la théorie Broaden-and-Build : les émotions positives élargissent notre attention et notre créativité, ce qui aide à construire des ressources psychologiques et sociales durables pour faire face aux défis futurs3,5,6 ;
- l'état de flux : un état d'immersion totale dans une activité où l'on perd la notion du temps et de soi-même1,3 ;
- pratiques concrètes : exprimer sa gratitude, cultiver l'optimisme, pratiquer des actes de gentillesse et savourer les joies de la vie sont des techniques validées pour augmenter durablement le bien-être1.
La psychologie positive ne consiste pas à ignorer les problèmes ou à porter des lunettes roses mais à adopter une approche équilibrée qui valorise la résilience et la capacité de l'être humain à se développer malgré l'adversité. C.H.





