Cultiver l'optimisme : une vraie posture de leader, si nécessaire aujourd'hui

L'optimiste voit le verre à moitié plein dans le verre à demi rempli.

© Patpitchaya-Adobe

Pierre MATHEVET

Société Tirsev

Site Internet : www.Tirsev.fr

Management

Même en ces temps troublés, l'optimisme reste une valeur essentielle sur laquelle les dirigeants doivent s'appuyer pour asseoir leur leadership et remotiver leurs équipes. L'optimisme est un talent qui s'apprend et se travaille au quotidien pour le bien de l'ensemble de la structure vétérinaire.

Inévitablement, ces nombreuses semaines d'activité totalement bouleversée laisseront des traces. Aussi bien la phase de confinement bien entendu, qu'aujourd'hui la phase de déconfinement qui n'est pas encore un retour à une activité normale, loin s'en faut, représentent deux changements organisationnels majeurs en très peu de temps. Et comme tout changement brutal et imposé, chacun a entraîné des doutes, des craintes, des angoisses, des rejets, des colères, des peurs, du stress.

Il convient absolument de gérer, individuellement et collectivement, toutes ces légitimes émotions désagréables, en particulier grâce à un management attentif. A cela s'ajoute désormais une fatigue intense liée à une forte reprise d'activité sur les dernières semaines pour l'ensemble de l'équipe.

L'adrénaline qui a permis de tenir le premier choc du confinement s'efface progressivement, laissant parfois paraître des gros « coups de mou », une décompression post traumatique, sévère chez certaines personnes, salariés comme associés.

Travailler sur soi

Ainsi, plus que jamais, le leadership des dirigeants est mis à rude épreuve. Ils sont confrontés à l'addition de la fatigue et du stress, les leurs d'abord et ceux de leurs collaborateurs bien entendu. Comme il est possible de le constater dans plusieurs structures vétérinaires, ces épreuves bien pilotées sont aussi une occasion de souder l'équipe. A condition pour les dirigeants de développer l'écoute vis-à-vis de leurs collaborateurs, l'empathie, l'entraide.

Une crise est aussi une opportunité de travailler sur soi pour maîtriser ses propres émotions et éviter de projeter des messages négatifs sur son entourage professionnel. Une crise est une chance d'augmenter ses propres capacités à prendre de la hauteur et d'insuffler du positif dans cette machinerie qui s'est trouvée fortement grippée et qu'il faut relancer petit à petit.

Pour le leader, il est alors pertinent de sortir de sa manche un de ses atouts majeurs, celui qui mettra la clinique en excellente posture pour faire le grand chelem : l'optimisme !

Être un leader optimiste pourrait faire penser que vous avez rejoint la catégorie des doux rêveurs idéalistes, déconnectés de la réalité, naïfs, ce qui se traduit bien souvent par le raccourci de « gentils ». Non, absolument pas !

Une affaire de volonté

L'optimiste n'est pas un utopique. Il est totalement ancré dans la réalité. Il voit le verre à moitié plein dans le verre à demi rempli. Non seulement il voit bien le verre, en pleine conscience, et il le voit aussi comme il est, c'est-à-dire pas plein. Alors que le pessimiste, lui, verra le même verre comme à moitié vide !

Non, l'optimisme n'est pas une méthode inspirée de la méthode du docteur Coué, une technique de pensées positives déconnectée de la réalité. Mais, comme une plante, le capital d'optimisme de toute personne, sa capacité à voir le monde comme positif et source de motivation, doit être arrosé régulièrement. Sinon, « les mauvaises herbes du pessimisme viendront vite l'étouffer », comme l'écrit Jean-Yves Le Bihan.

Ainsi, l'optimisme s'apprend et peut se développer. Pour le philosophe Alain, il est « affaire de volonté ». Pour l'essayiste Jean-Claude Guillebaud, « l'optimisme devient choix personnel, aventure intérieure, assentiment intime ».

Nous avons un penchant naturel à générer beaucoup plus de signaux négatifs que de phrases positives. Instiller cet optimisme dans tous les discours au sein de l'équipe est une charge, une responsabilité, mais elle apportera rapidement la satisfaction de voir le cercle vertueux redémarrer, les engrenages se remettre à tourner dans le bon sens.

Optimisme contagieux

Car l'optimisme est contagieux. Il génère des émotions positives. Il rend les équipiers plus performants, plus motivés, plus engagés. Il pousse chacun à trouver des solutions pour les problèmes, à développer sa créativité.

L'optimisme ne s'affranchit donc pas des difficultés. Il peut même s'appuyer sur le pessimisme de certains pour mieux identifier et comprendre les problèmes et éviter ainsi une cécité qui pourrait se révéler hasardeuse. En toute conscience, en tout ancrage dans la réalité, il apportera alors une solution nouvelle ou un souffle mobilisateur.

Comment travailler son leadership optimiste en sortie de crise ?

A titre individuel :

- repérer tout ce qui est positif dans votre vie professionnelle, que probablement plus personne ne voit ou ne considère comme important car « normal » : le chien guéri, le client content, l'entraide entre les équipiers, les commandes qui arrivent à l'heure... ; la Covid-19 nous contraint à porter un regard neuf sur les choses du passé, elle nous a obligés de changer de lunettes ; en les redécouvrant, comme une première fois avec cet oeil nouveau, par quoi êtes-vous émerveillés au sein de votre clinique ? pourquoi l'habitude nous pousse à ne plus voir les choses réalisées « normalement » comme des réussites ? ;

- arrêter de ruminer et de ressasser le passé, de comparer avec ce qui était la réalité avant la Covid-19 ; c'est aussi inutile (le passé est définitivement un autre temps) que destructeur (le cerveau, grand faignant reconnu, adore tourner en boucle dans les pensées négatives qui s'auto-entretiennent, plutôt que d'élaborer de nouvelles façons de fonctionner dans le changement) ;

Lâcher sa quête de perfection

- identifier ses forces et s'autoriser à les utiliser pleinement, passer à l'action (qui permet d'éviter la rumination), privilégier l'engagement plutôt que les discussions stériles ;

- lâcher sa quête de perfection, de maîtrise, se détendre, apprendre le contentement lucide et assumer sa vulnérabilité ;

- identifier les personnes toxiques, pessimistes, de l'équipe et les entourer avec des personnes optimistes et enthousiastes pour les contaminer ou alors les isoler ;

- partager avec au moins trois personnes les nouvelles positives et vérifiées de la journée, sourire et rire aussi souvent que possible ;

- à la fin de chaque journée de travail, écrire dans son carnet de bord personnel, les trois choses dont vous êtes le plus fier personnellement aujourd'hui ;

- être altruiste au travail et également dans votre vie personnelle : offrez de l'aide, aidez, souriez, défendez des causes qui vous tiennent à coeur.

Au titre de leader d'équipe :

- encourager les liens sociaux, créer le maximum d'opportunités de rencontres, célébrer toutes les (petites) réussites, relancer les rituels de l'équipe (café collectif le matin, réunions globales d'équipe, anniversaires ou toute occasion qu'un des équipiers souhaite fêter) ;

Montrer de l'empathie

- montrer de l'empathie, car en tant que dirigeant vous avez un impact phénoménal sur le ressenti de vos salariés ; encourager les collaborateurs à venir vous parler : inspirez-vous la sécurité ou la peur ? écoutez les, soyez vraiment disponible, apprenez la pleine attention à l'autre ;

- repenser votre façon d'aider ; se mettre au service de ses salariés, leur donner spontanément un coup de main dans leur quotidien, même (surtout ?) pour des tâches qui ne sont pas celles dans votre scope habituel de vétérinaire, favoriser la coopération et la collaboration ;

- remplir chaque jour, en fin de journée, le tableau des fiertés et des plaisirs du jour, même minimes ; chaque équipier, leader et associés compris, met sur le tableau (Post it ND) le point positif qu'il emmène avec lui le soir, sa fierté ou sa gratitude du jour, et qu'il souhaite partager avec tout le monde ; prendre le temps, le soir même ou le lendemain matin, de les relire et en faire un relevé mensuel qui est partagé et archivé !

Meilleurs résultats

L'optimisme partagé rime avec performance. Une étude montre que des vendeurs recrutés sur leur nature optimiste avaient au bout de 2 ans, des résultats 57 % plus élevés que leurs collègues historiques pourtant plus techniques.

Comme un sportif de haut niveau ou un soliste virtuose s'entraîne tous les jours, l'optimisme est un talent qui se travaille au quotidien pour le bien de l'équipe. Et le but d'un talent façonné et développé par les gammes et l'entraînement quotidiens, c'est de pouvoir prendre du plaisir, en compétition ou en concert.

Et donc travailler votre talent de leader optimiste vous conduira aussi au plaisir, personnel et en équipe. Car les moments difficiles, remplis d'émotions, vécus en véritable équipe soudée, sont les plus efficaces pour ancrer durablement des ressentis positifs chez chacun des collaborateurs. Une réponse à l'inépuisable quête de sens.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1534

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