Calypso : passage officiel du concept au concret

Le lancement officiel de Calypso a été annoncé, le 14 mars, au ministère de l'Agriculture.

© M.J.

Maud LAFON

Exercice

Faciliter l'exercice de l'activité libérale en améliorant les échanges d'informations entre les vétérinaires et l'Etat est l'essence même de Calypso, plate-forme en ligne qui est née officiellement le 14 mars. Cet outil d'échange de données se concentre, pour son démarrage, sur deux volets : la formation continue et la remontée automatique des données d'utilisation des médicaments contenant des antimicrobiens.

Calypso, la plate-forme en ligne destinée à dématérialiser plusieurs processus professionnels, a été officiellement lancée le 14 mars, au ministère de l'Agriculture, à Paris, en présence de représentants d'organisations professionnelles vétérinaires (OPV) et agricoles (OPA) et de l'Etat.

Pilotée par le Conseil national de l'Ordre des vétérinaires (Cnov) en concertation avec les OPV (SNVEL1 , Avef2 , Afvac3 , SNGTV4 ), les OPA (Chambres d'agriculture) et l'Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), avec le soutien financier du ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et du Fonds de la transformation de l'action publique, Calypso propose pour son démarrage plusieurs fonctionnalités qui sont appelées à s'enrichir à mesure que l'outil sera finalisé, le déploiement de sa troisième et dernière version étant planifié pour l'été 2027.

Contrainte européenne

Calypso est la réponse de la France à plusieurs injonctions réglementaires : loi d'avenir pour l'agriculture de 2014 et son décret d'application de décembre 2016, règlement UE n° 2019/6 et son article 57 sur la collecte des données de vente et d'usage des médicaments contenant des antimicrobiens, complété par un règlement délégué pris en 2021 et un règlement d'exécution en 2022. Le point de départ de ce projet est donc la lutte contre l'antibiorésistance puisque le règlement européen prévoit que tous les Etats membres soient en mesure de commencer à transmettre leurs données d'utilisation à partir de l'année 2023 (2024 pour les porcs et volailles, 2027 pour les autres animaux producteurs de denrées alimentaires et les équidés et 2030 pour les animaux de compagnie).

Onze processus métiers

Après une première étude de faisabilité en 2018, un rapport du CGAAER5 en 2019, une étude complémentaire en 2020 et un accord cadre signé avec la Direction générale de l'alimentation (DGAL), en 2021, Calypso est donc officiellement lancé et comportera 11 processus métiers et 1 processus transverse dont la version 1 sera achevée fin 2024, la version 2, à l'été 2026 et la version 3, à l'été 2027.

Le co-financement du développement de Calypso, chiffré à 11,3 millions d'euros dont 4,3 millions pour la version 1, est assuré par la DGAL, le Fonds de la transformation de l'action publique et le Cnov tandis que le financement ultérieur de son hébergement et de sa maintenance sera assuré essentiellement par le Cnov.

« Calypso représente un réel investissement collectif pour une meilleure maîtrise de notre sécurité sanitaire et ce projet reçoit tout l'intérêt de l'Etat » , a constaté Maud Faipoux, directrice générale de l'alimentation.

Application web

Actuellement, les vétérinaires peuvent déjà accéder via cette application web responsive - qui sera ensuite déclinée en application mobile - à la consultation de leurs données personnelles ; à la gestion et au suivi de leur formation continue vétérinaire avec la mise à disposition d'un catalogue de formations ; à la remontée automatique des données d'utilisation des médicaments contenant des antimicrobiens, sous réserve que le logiciel de gestion utilisé dans l'établissement de soins vétérinaires (ESV) soit connecté à Calypso. C'est le cas pour l'instant de 7 logiciels qualifiés tandis que le travail de couplage automatique est engagé avec 12 autres.

Pour l'instant, seuls deux modules sont donc opérationnels et accessibles sur la plate-forme : celui des formations et celui des déclarations d'utilisation de médicaments contenant des antimicrobiens (processus métier 4). Progressivement, de nouvelles fonctionnalités viendront enrichir l'outil : désignation du vétérinaire sanitaire par l'éleveur ; délégation d'actes administratifs aux auxiliaires vétérinaires sous la responsabilité du vétérinaire ; dématérialisation des demandes d'habilitation sanitaire, réception de notifications...

Navigation intuitive

La navigation sur la plate-forme est intuitive et simplifiée par l'intégration de plusieurs didacticiels.

Pour initier leur prise en main de la plate-forme, les vétérinaires doivent s'y connecter et mettre à jour leur application métier en communiquant leur numéro de domicile professionnel d'exercice (à retrouver dans son espace personnel dans Calypso ou son espace personnel sur l'extranet de l'Ordre des vétérinaires).

A terme, Calypso doit permettre de simplifier un certain nombre de démarches administratives en les centralisant et en les dématérialisant, comme par exemple la déclaration du contrat de travail d'un nouveau salarié, la demande d'habilitation sanitaire à la DDPP6 , la réception d'informations sur des rappels de lots de médicaments, la consultation d'informations relatives à l'identification pour un élevage suivi, etc.

Calypso s'adresse à tous les ayants droit du médicament vétérinaire : les 22 000 vétérinaires praticiens mais aussi les 22 000 pharmacies d'officine et les 150 fabricants d'aliments médicamenteux. Ces deux derniers opérateurs seront intégrés dans la boucle dès le deuxième trimestre 2023 par un processus particulier et il est prévu, à terme, d'interfacer également leurs logiciels métiers avec la plate-forme pour une remontée automatisée des données.

Perspectives scientifiques

Ce gisement de données vise plusieurs objectifs : dématérialiser et simplifier les échanges avec la DGAL, les éleveurs et les détenteurs d'équidés et d'animaux de compagnie ; gagner du temps administratif ; fluidifier les flux d'informations ; offrir des perspectives scientifiques en termes de recherche et d'épidémiosurveillance, etc.

En pratique, les vétérinaires peuvent dès aujourd'hui se connecter à Calypso (https://calypsovet.fr) en renseignant leurs identifiants ordinaux, se familiariser avec la plate-forme, paramétrer leur compte et gérer leur formation continue et celle de leur équipe. Une hotline est accessible aux vétérinaires en cas de difficultés (calypso-assistanceveterinaire@ordre.veterinaire.fr).

Les premières remontées automatiques de données d'utilisation d'antimicrobiens se feront à compter du 4 avril. Ces données feront l'objet de la création automatique d'un fichier anonymisé accessible à l'ANMV en vue d'un reporting aux autorités européennes. Pour cela, une équipe dédiée de l'agence vérifiera les données avant de les transmettre à l'Agence européenne du médicament (EMA).

Cette chaîne informatisée, depuis les cliniques vétérinaires jusqu'à l'EMA, fait également l'objet d'un travail pour un flux de restitution, en sens inverse.

Se comparer aux autres Etats membres

« Le but au final est de mieux comprendre les usages d'antibiotiques et d'identifier les marges de progrès » , a insisté notre confrère Franck Fourès, directeur de l'ANMV.

« Baser, comme jusqu'à présent, le suivi de la consommation d'antibiotiques sur les seules données de vente nous limitait dans les analyses statistiques. Calypso permet d'apporter une information plus fine et ciblée sur les usages par espèces et ainsi de nous comparer plus précisément aux autres Etats membres » , a précisé notre consoeur Paule Carnat-Gautier, directrice adjointe de l'ANMV.

L'agence bénéficie du soutien de l'Union européenne et de son financement à travers le projet Vet-Fram ( Veterinary French Antimicrobials Monitoring ).

Année de transition

« On ne peut nier que c'est une contrainte mais c'est aussi l'opportunité de prouver que, dans le domaine de la lutte contre l'antibiorésistance, les vétérinaires font du bon travail », a souligné notre confrère Laurent Perrin, président du SNVEL.

Sur la remontée de l'utilisation des antimicrobiens (une amélioration par rapport au pur suivi des ventes), des interrogations demeurent cependant, notamment sur les ordonnances au chevet du malade qui sont majoritairement manuscrites et ne bénéficieront donc pas de l'interfaçage avec les logiciels de gestion.

2023 sera donc une année de transition. Il n'y aura pas de rétroaction dans la demande d'informations.

« L'incertitude vient maintenant de la manière dont les utilisateurs vont s'approprier l'outil. Nous ne souhaitons pas en faire une contrainte ni un outil répressif mais cette obligation ne sera pas complètement indolore pour les vétérinaires », a reconnu Jacques Guérin, président du Cnov, en ajoutant qu'il s'agissait de la transformer en une démarche « acceptable » .

>> LIRE AUSSI : Laurent Perrin (SNVEL) : « L'objectif à conserver est que l'utilisation de Calypso soit sans conséquence financière ou de temps pour les praticiens »

1 SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

2 Avef : Association vétérinaire équine française.

3 Afvac : Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.

4 SNGTV : Société nationale des groupements techniques vétérinaires.

5 CGAAER : Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux.

6 DDPP : Direction départementale de la protection des populations.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1656

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