Violences domestiques : l'Amah insiste sur le lien entre maltraitances animale et humaine

Chacun peut appeler le 119 en cas d'enfant en danger ou de simple doute.

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Anne-Claire GAGNON

Présidente de l'Amah

Société

Le colloque sur le thème « Enfants et animaux, victimes des violences domestiques » organisé par l'Association contre la maltraitance animale et humaine, le 2 avril, à Oniris, a réuni vétérinaires, pédiatres, assistants sociaux, avocats, comportementalistes animaliers, enseignants... La maltraitance animale est révélatrice d'un comportement parental préoccupant qui doit être questionné. La loi du 30 novembre 2021 a rendu obligatoire pour les associations de protection animale, lors d'interventions pour maltraitance animale, la déclaration à la cellule de recueil des informations préoccupantes de la présence d'enfants mineurs pour qu'ils soient évalués, reconnaissant le lien entre les violences domestiques.

L'Association contre la maltraitance animale et humaine (Amah) a organisé, le 2 avril, à Oniris, un colloque consacré aux « Enfants et animaux, victimes des violences domestiques », qui a réuni plus de soixante participants, vétérinaires (praticiens et étudiants), pédiatres, assistants sociaux, comportementalistes animaliers, enseignants, juristes... Comme l'a rappelé Sarah El Haïry, haut-commissaire à l'enfance, « les violences domestiques ne se compartimentent pas ».

Le colloque a été ouvert par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, président d'honneur de l'Amah : « depuis 300 000 ans que les êtres humains sont sur Terre, la maltraitance gouverne le monde vivant ». Le concept de hiérarchie a permis aux humains de dominer les animaux, sans être coupables de maltraitance.

C'est en termes éco-systémiques qu'il faut raisonner pour bannir la notion de hiérarchie. Le petit humain est fondamentalement attiré par l'animal qu'il considère comme un autre. Le manque d'empathie peut le conduire à maltraiter l'animal, conduite qui doit motiver une intervention des proches et des professionnels de santé. « Plus je cherche à comprendre les animaux, plus je comprends la dimension humaine », a-t-il déclaré.

L'animal dans la vie de l'enfant maltraité

La Pre Martine Balençon (pédiatre légiste) a souligné, comme Catherine Échelard et Célia Moutier (psychologues de l'Unité d'accueil pédiatrique Enfants en danger de Loire-Atlantique), combien « parler des animaux ou relater des violences sur les animaux racontées par les enfants est un signal mais aussi un lien et un élément qui pouvaient être fort utiles aux magistrats ».

Son confrère Georges Picherot et elle ont mentionné dans des documents pratiques pour les pédiatres français la notion d'Une seule violence et ils travaillent sur le lien au sein d'un même foyer entre violences domestiques et survenance de morsures de chiens sur les enfants.

Carole Gilmas-Adel (coordonnatrice du 119) a présenté ce numéro que chacun peut appeler en cas d'enfant en danger ou de simple doute. Enormément de sollicitations proviennent de toute la France par appel, tchat et formulaire avec en moyenne 120 sollicitations traitées par jour, dont 72 donnent lieu à la rédaction d'une information préoccupante. Dès lors qu'un enfant est en danger ou susceptible de l'être, nous devons agir ! Appeler le 119 est un acte citoyen. Mettre le numéro en évidence dans tous les lieux fréquentés par les enfants est une obligation légale.

Si un comportement préoccupant avec l'animal est mentionné, « pour l'écoutant, c'est un clignotant qui s'allume immédiatement ». La maltraitance animale est un révélateur d'un comportement parental préoccupant qui doit être questionné. Depuis le 1er janvier, un cochage spécifique « maltraitance animale » est mis en place afin de mieux quantifier et connaître ces situations. Ce cochage montre qu'il y a au moins une fois par jour une situation de maltraitance animale qui est révélée au 119.

L'enfant dans la vie de l'animal maltraité

La loi du 30 novembre 2021 a rendu obligatoire pour les associations de protection animale, lors d'une intervention pour maltraitance animale dans un foyer, la déclaration à la cellule de recueil des informations préoccupantes de la présence d'enfants mineurs afin qu'ils soient évalués, reconnaissant le lien entre les violences domestiques.

En tant que vétérinaire praticien, lors d'une suspicion de maltraitance animale, de faits de morsures/griffures, la question doit également être posée : « Avez-vous des enfants ? Comment ça se passe à la maison ? ».

Notre consoeur Natacha Asensio (A18), membre d'Amah a rapporté un cas clinique où sa connaissance des éléments scientifiques l'a aidée. Un homme présente son cane corso pour morsure sur un des enfants que l'aide sociale à l'enfance (ASE) a placé chez lui. L'enfant a été vu par des urgentistes qui n'ont posé aucune question sur les circonstances de la morsure. L'individu explique au vétérinaire que l'enfant (moins de 12 ans) a masturbé le chien, qui l'a pincé sans gravité au visage. À la seconde visite mordeur, en l'absence de l'enfant, notre consoeur pose quelques questions car une violence sexuelle perpétrée par un mineur doit faire suspecter la présence d'un pédocriminel dans l'entourage. Ce que confirme l'homme : le père de l'enfant, incarcéré en préventive, est suspecté de faits d'inceste. Le risque pour cet enfant est de rester dissocié et devenir lui-même un danger pour son entourage.

Natacha Asensio a cherché de l'aide auprès de sa hiérarchie, sans succès. Pas plus de secours du côté de l'ASE et un retour mitigé de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Deux ans plus tard, le chien est présenté à nouveau pour morsure gravissime sur le même enfant. L'ASE a réagi, le chien a été euthanasié. L'enfant, auteur de sévices sexuels, n'a pas été pris en charge médicalement ou psychologiquement et la question qui taraude notre consoeur est de savoir quel adulte il deviendra. Quel danger peut-il représenter pour lui-même et notre société ?

Notre consoeur Laetitia Dorso (praticienne hospitalière, spécialiste en pathologie, Oniris) a encouragé les praticiens à contacter leur service d'anatomie pathologique avant d'envoyer leurs prélèvements lors de suspicion de maltraitance animale.

Acteurs unis pour aider enfants et animaux

Arielle Moreau (avocate en droit animalier) parle désormais dans ses plaidoiries d'animal de famille. Elle défend les liens d'attachement qui existent entre celui-ci et les victimes des violences domestiques (les enfants et leur mère). La jurisprudence Tokyo, du nom de la chienne de famille, fera date. Le tribunal de Draguignan a jugé en appel, le 14 mars 2026, que la dogue de Bordeaux Tokyo, acquise par le mis en cause, actuellement en prison, devait être rendue à sa famille (c'est dans la chambre des enfants de son ex-femme que Tokyo allait se réfugier à chaque fois que le mis en cause criait après l'un des membres de la famille).

Dominique Attias (avocate pour enfants) a expliqué, exemples à l'appui, pourquoi il faut faire entendre la voix de l'enfant, droit que lui reconnaît la loi dès lors qu'il est capable de discernement. Elle a invité à ce que « face à une même situation, juge, avocat d'enfant et avocat d'animaux, pédopsychiatre, vétérinaire et éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse travaillent ensemble pour aider l'enfant et son animal ».

Franck Insignares (Ed.D, Veterinary Human Support, Oniris) a invité les participants à un exercice de régulation émotionnelle, très apprécié. Ces questions de violences domestiques peuvent être à l'origine de traumatismes vicariants pour les soignants et les professionnels qui doivent savoir prendre soin d'eux dans l'exercice de leurs fonctions respectives.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1800

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