Traitements hormonaux cutanés chez l'Homme : des effets indésirables chez l'animal de compagnie

Les cas d'exposition à ces médicaments, rapportés via la pharmacovigilance et la littérature, font surtout état de symptômes d'hyperoestrogénisme sur des chiens de petit gabarit, des chats, des chiots et chatons.

© Corinne Piquemal

Corinne PIQUEMAL

Elisabeth BEGON

Flore DEMAY

Sylviane LAURENTIE

Anses-ANMV* département Pharmacovigilance

(35306 Fougères)

Pharmacovigilance

Une enquête de l'Agence suédoise du médicament vétérinaire met en évidence des effets indésirables chez des animaux de compagnie, parfois graves, liés à des traitements hormonaux appliqués par voie cutanée chez des humains dans des pays européens. Aucune déclaration n'est actuellement recensée en France. L'Anses-ANMV* encourage les vétérinaires à déclarer toute suspicion entrant dans ce cadre afin de mieux évaluer les risques inhérents à l'usage de ces médicaments pour les animaux de compagnie.

La possible apparition d'effets indésirables chez les animaux de compagnie suite à un contact avec un médicament humain contenant des hormones et appliqué sur la peau de leur propriétaire doit être gardée en mémoire.

Plusieurs cas, impliquant des chiens et des chats, souvent détenus par des femmes traitées avec des substituts hormonaux sous forme topique, ont été rapportés dans différents pays européens, suite à une enquête initiée par l'Agence suédoise du médicament vétérinaire.

Ces traitements visent généralement à atténuer les symptômes engendrés par la ménopause et sont présentés sous forme de gels ou de sprays contenant des estrogènes. Même si certains des RCP de ces médicaments mentionnent bien que les contacts étroits entre les patientes et leur entourage (enfants notamment) doivent être évités, ils oublient souvent de préciser que des précautions sont également à prendre vis-à-vis des animaux présents dans le foyer.

Ces produits peuvent être appliqués sur les cuisses, l'abdomen ou encore les bras des patientes, qui sont autant de surfaces susceptibles d'entrer en contact avec un animal de compagnie. Néanmoins, l'exposition au médicament peut également être indirecte et intervenir par exemple via les draps, lorsque l'animal dort dans le lit de son propriétaire.

Les cas d'exposition à ces médicaments, rapportés via la pharmacovigilance et la littérature, font surtout état de symptômes d'hyperoestrogénisme sur des chiens de petit gabarit, des chats, ainsi que des chiots et chatons. Aucune ingestion par léchage n'est généralement évoquée.

Exposition chronique potentiellement fatale

Cet hyperoestrogénisme peut se manifester sous la forme d'une hyperplasie mammaire ou vulvaire chez les femelles. Des cas de cryptorchidie ont également été décrits chez certains chiots.

Des symptômes cutanés sont régulièrement mentionnés avec l'apparition d'une alopécie essentiellement localisée au niveau des épaules, des cuisses, de la face ventrale du thorax et de l'abdomen, associée parfois avec une hyperpigmentation de la peau.

Une baisse de la qualité du sperme a été décrite chez un chien, sans modification notable de la concentration sanguine en estrogènes, démontrant qu'une exposition même minime peut avoir des conséquences.

Des cas de syndrome de rémanence ovarienne ainsi qu'un cas de pyomètre localisé au niveau du moignon d'utérus résiduel chez une chienne ovariohystérectomisée ont par ailleurs été rapportés.

En outre, il semblerait qu'une exposition chronique de la moelle osseuse à des estrogènes de synthèse puisse également engendrer une érythroblastopénie toxique se caractérisant par une anémie non régénérative, pouvant évoluer vers une pancytopénie, potentiellement fatale.

Pour ce qui est du délai d'apparition des symptômes, celui-ci reste variable, allant de quelques semaines à plusieurs années. Les signes s'atténuent généralement, voire disparaissent, suite à l'arrêt de l'exposition aux hormones.

Il est donc fondamental d'inclure la possibilité d'une exposition à un médicament hormonal, prescrit aux propriétaires, dans le diagnostic différentiel lors de manifestations d'hyperoestrogénisme chez un animal ou lors de l'expression de signes de chaleurs chez un individu en principe stérilisé.

Rappeler les précautions d'emploi

Si un événement de ce type est diagnostiqué par un praticien, l'éviction de l'hormone responsable passe par le rappel de certaines précautions d'emploi aux propriétaires :

- se laver les mains après s'être appliqué le médicament,

- couvrir les zones traitées avec un vêtement,

- éviter de dormir avec ses animaux,

- et en cas de contact direct de l'animal avec une zone traitée, empêcher l'animal de se lécher et rincer à l'eau les surfaces corporelles sur lesquelles le médicament a pu être transféré.

A ce jour, ces effets indésirables restent peu documentés en France, possiblement du fait d'un usage limité des substituts hormonaux sous forme topique comparativement à d'autres pays.

Aucune déclaration n'est actuellement recensée dans les bases de données de pharmacovigilance vétérinaire ou des centres antipoison animaux en France. Aussi, l'Anses-ANMV* souhaite encourager les vétérinaires à déclarer toute suspicion entrant dans ce cadre afin de mieux évaluer les risques inhérents à l'usage de ces médicaments pour les animaux de compagnie.

>> Pour déclarer un événement indésirable : https://pharmacovigilance-anmv.anses.fr

* Anses-ANMV : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail-Agence nationale du médicament vétérinaire.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1596

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