Sénatoriales : Cyrille Piccot-Crézollet, « Je resterai « vétérinaire » dans mon approche »

Notre confrère Cyrille Piccot-Crézollet est premier adjoint au maire de sa commune Saint-Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie.

© D.R.

Politique

La Dépêche Vétérinaire a interrogé plusieurs candidats vétérinaires aux élections sénatoriales du 27 septembre. Nous publions leurs réponses au fur et à mesure de leur réception. Ici, celles de notre confrère Cyrille Piccot-Crézollet (Lyon 2002), vétérinaire équin, diplômé ECVS. Il conduit une liste de droite en Haute-Savoie. Il souhaite promouvoir un sens des réalités qui s'est, selon lui, progressivement effacé de la vie politique et que l'exercice vétérinaire lui permet de conserver.

La Dépêche Vétérinaire : Vous êtes candidat aux élections sénatoriales du 27 septembre. Quel parcours politique a été le vôtre jusqu'à présent et pourquoi souhaiter franchir ce nouveau pas ?

Cyrille Piccot-Crézollet, vétérinaire équin à la frontière franco-suisse (actuellement dans le canton de Vaud, Suisse) : Mon engagement politique s'est d'abord construit dans la vie locale, en Haute-Savoie. J'ai contribué cette année, comme directeur de campagne, à l'alternance à Saint-Julien-en-Genevois, ville frontalière de 16 000 habitants, détenue par la gauche ou le centre-gauche depuis 25 ans. J'y exerce aujourd'hui les fonctions de premier adjoint au maire, chargé notamment des finances et de l'urbanisme.

Ces responsabilités m'ont confronté à la double contrainte qui pèse sur les communes : financière, avec l'érosion de leurs marges de manoeuvre, et normative, sous l'effet d'une accumulation incessante de règles et d'obligations. J'ai pu mesurer combien le sens des réalités devait retrouver une place centrale dans l'élaboration de la loi. Or il s'est trop souvent effacé chez des responsables dont beaucoup n'ont connu, pour l'essentiel, que la vie des partis et l'exercice des mandats. À force d'observer la société depuis les appareils politiques, on finit par ne plus la voir telle qu'elle est.

Dans le même temps, j'ai vu une partie de la droite renoncer progressivement à incarner une véritable alternative au macronisme. En choisissant l'intégration au « socle commun » gouvernemental, Gérard Larcher a engagé sa majorité sénatoriale dans une voie qui a profondément brouillé son identité politique. Après dix années de présidence d'Emmanuel Macron, cette stratégie a contribué à discréditer la droite en l'associant à un bilan calamiteux. Gérard Larcher et sa majorité sénatoriale portent à cet égard une profonde responsabilité dans ces errements et dans l'affaiblissement de leur crédibilité.

La liste d'Union de la droite que je conduis, composée d'élus locaux et à laquelle participe Antoine Valentin, jeune député de la Haute-Savoie, entend porter une autre voie : celle d'une droite indépendante, enracinée, fidèle à ses convictions et qui refuse de se dissoudre dans le macronisme.

D.V. : Vous exercez en parallèle en chirurgie équine en Suisse. Comptez-vous poursuivre cette activité si vous êtes élu ? Comment vous organisez-vous pour y arriver ?

C.P.-C. : Oui, mais de manière nécessairement plus limitée. Je suis profondément attaché à mon métier et je souhaite conserver un lien concret avec la vie professionnelle. Continuer à exercer ponctuellement, c'est aussi rester confronté aux réalités de l'entreprise, de l'emploi, des contraintes réglementaires et des responsabilités qui sont celles de tous ceux qui travaillent.

Si je suis élu, le mandat de sénateur primera naturellement sur le reste. Mon activité vétérinaire sera donc strictement organisée autour de mes obligations parlementaires et réduite à ce qui sera pleinement compatible avec un exercice exigeant du mandat. Je tiens cependant à préserver ce contact avec le réel car je crois qu'un responsable public ne doit jamais s'en abstraire.

D.V. : Avez-vous des clients en France et quelles sont vos relations avec les vétérinaires français ?

C.P.-C. : Mon parcours professionnel s'est toujours inscrit de part et d'autre de la frontière franco-suisse et j'ai conservé des relations étroites avec de nombreux confrères des deux pays. J'ai également travaillé en Suède en tout début de carrière.

D.V. : Les vétérinaires semblent de moins en moins présents en politique. Faites-vous le même constat et qu'est-ce qui vous a motivé pour y entrer ?

C.P.-C. : Je crois que cela s'inscrit dans un phénomène plus large : la vie politique s'est progressivement professionnalisée, au risque d'éloigner ceux qui exercent un métier, dirigent une entreprise et assument quotidiennement des responsabilités concrètes.

L'exercice vétérinaire est lui-même devenu particulièrement exigeant et laisse peu de place à l'engagement public. C'est regrettable car notre formation apprend précisément à appréhender des situations complexes, à hiérarchiser les priorités, à décider dans l'incertitude et à assumer les conséquences de ses choix : une bonne école pour un décideur en somme.

Ce qui m'a finalement conduit à m'engager, c'est d'abord l'état dans lequel se trouve aujourd'hui notre pays après près de dix années de présidence d'Emmanuel Macron. J'ai le sentiment d'une France profondément fragilisée, tant sur le plan de ses finances que de son autorité, de ses services publics ou de sa cohésion.

Je suis, par ailleurs, un pur produit de la République. Elle m'a permis d'étudier, de me former, d'exercer un métier qui m'a passionné pendant vingt-cinq ans et de construire librement ma vie professionnelle. Arrivé à ce moment de mon parcours, j'ai éprouvé le besoin de rendre à la collectivité une part de ce qu'elle m'avait donné. L'engagement politique procède aussi, pour moi, de cette forme de dette et de responsabilité.

D.V. : Comptez-vous mettre en avant votre profession si vous êtes élu au Sénat ?

C.P.-C. : Je ne souhaite pas être le sénateur d'une profession. En revanche, mon métier constitue naturellement une part de mon expérience et de ma manière d'appréhender les sujets.

Le vétérinaire se trouve au croisement de nombreuses politiques publiques : agriculture, élevage, santé animale, santé publique, alimentation, biodiversité, bien-être animal ou encore ruralité. Sur ces questions, mon expérience pourra évidemment être utile.

Mais ce que je souhaite surtout apporter au Sénat, c'est une méthode acquise dans mon métier : partir des faits, écouter ceux qui connaissent le terrain, poser un diagnostic aussi rigoureux que possible, puis rechercher une solution concrète et applicable. C'est probablement l'enseignement le plus précieux que ma profession m'ait transmis.




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