Santé cardiovasculaire des femmes au travail : mieux prévenir et mieux dépister
La santé cardiovasculaire des femmes est non optimale et doit être évaluée surtout à partir de 40 ans.
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Valérie DUPHOT
Prévention
La santé cardiovasculaire des femmes est non optimale et doit être régulièrement évaluée surtout à partir de 40 ans. L'hypertension artérielle, le diabète, le tabac, le cholestérol..., plus dangereux chez la femme que chez l'homme, doivent être considérés par tous les professionnels de santé. La recherche clinique et fondamentale permettra de comprendre les particularités féminines, longtemps ignorées. Le quatrième webinaire organisé par Vigie Véto - initiative de la branche vétérinaire sur la santé des femmes au travail dans les structures de soins vétérinaires*, sur le thème « Prenons soin de notre coeur et de nos vaisseaux », a présenté les facteurs de risque, leurs conséquences et leur prévention, le 5 février, en distanciel. Il faut identifier les moments clés dans la vie de la femme pour la prévention et le dépistage des facteurs de risque cardiovasculaire classiques et liés au sexe pour éviter le retard de la prise en charge.
Les résultats de la grande enquête Vigie Véto ont montré que les maladies cardiovasculaires et leurs facteurs de risque sont très largement sous-déclarées, sous-estimées, sous-diagnostiquées chez l'ensemble des femmes quel que soit leur âge (vétérinaires et ASV) qui travaillent dans les structures vétérinaires. C'est la raison pour laquelle la branche vétérinaire a souhaité mener une action de sensibilisation dans le cadre de ses actions de prévention.
« Cela fait plus de trente ans que l'on parle du risque cardiovasculaire chez la femme. Décrit en 1991, sous le nom de syndrome de Yentl, Bernadine Healy a montré l'existence d'un biais sexiste en cas de syndrome coronarien aigu : les femmes étaient moins souvent hospitalisées que les hommes et avaient moins d'examens invasifs (coronarographies) », a déclaré le Dr Marilucy Lopez-Sublet (service de médecine interne, hôpital Avicenne, Bobigny, vice-présidente de la Société française d'hypertension artérielle) lors du quatrième webinaire organisé par Vigie Véto - initiative de la branche vétérinaire sur la santé des femmes au travail dans les structures de soins vétérinaires* - sur le thème « Prenons soin de notre coeur et de nos vaisseaux », le 5 février, animé par notre confrère Jérôme Frasson (président de la commission paritaire de la branche vétérinaire) et notre consoeur Annick Valentin-Smith (présidente de Vet IN Tech).
« Les maladies cardiovasculaires (MCV) chez la femme sont sous-reconnues, sous-étudiées, sous-diagnostiquées et sous-traitées », ajoute le Pr Theodora Bejan-Angoulvant (service de pharmacologie médicale, CHRU de Tours, présidente de la Société française d'hypertension artérielle). « En Europe, les femmes (37 %) meurent plus de MCV que les hommes (31 %). Aux Etats-Unis, les femmes meurent 4 à 8 fois plus de MCV que de cancer du sein ».
En France, le programme de surveillance Cosmop (Cohorte pour la surveillance de la mortalité par profession) a permis de préciser la mortalité prématurée par MCV chez les femmes de 35 à 74 ans selon la catégorie sociale sur la période 1976-2002. « Il montre que les ouvrières ont trois fois plus de risques d'avoir ce type de maladies que les cadres », indique Marilucy Lopez-Sublet. Les données mettent en évidence des disparités selon les secteurs d'activité, avec un risque supérieur pour les femmes travaillant dans l'hôtellerie-restauration, l'industrie manufacturière, la santé et l'action sociale.
HTA : première cause de mortalité de la femme dans le monde
La maladie qui ressort le plus souvent est l'hypertension artérielle (HTA). « C'est une porte d'entrée majeure dans le risque cardiovasculaire chez la femme. Elle augmente partout dans le monde en raison d'habitudes de vie de moins en moins saines et concerne une femme sur deux après 50 ans et trois femmes sur quatre après 65 ans. C'est la première cause de mortalité chez la femme dans le monde », indique Theodora Bejan-Angoulvant. « En France, l'enquête transversale Esteban a dressé un état des lieux en 2015. Menée auprès de 2 169 participants de 18 à 74 ans (55 % de femmes)., elle estime la prévalence de l'HTA à 31 % De 2006 à 2015, on ne note aucune diminution de la prévalence ni du dépistage, ni de la prise en charge de l'HTA en France. Les femmes sont moins traitées et moins contrôlées ».
Le risque cardiovasculaire est le risque de présenter un ou plusieurs de ces événements : accident vasculaire cérébral (AVC), infarctus du myocarde, artérite du membre inférieur, maladie rénale chronique avec protéinurie et insuffisance rénale.... L'HTA et les autres facteurs de risque y contribuent. L'enquête Esteban montre que chez 60 % des hypertendus, un ou plusieurs autres facteurs de risque cardiovasculaires majeurs étaient présents : par ordre décroissant, sédentarité, obésité, tabac, diabète avec un effet synergique sur le risque cardiovasculaire.
Il existe des différences entre les sexes dans les conséquences cardiovasculaires de l'hypertension, de l'obésité et du diabète.. « Il y a trois moments importants dans la vie d'une femme pour prévenir les complications de l'HTA », détaille Marilucy Lopez-Sublet. Chez l'adolescente et la femme jeune hypertendues, la prescription et le suivi d'une contraception oestroprogestative est à discuter au cas par cas lorsque l'HTA est contrôlée et contre-indiquée, quelle que soit la voie d'administration, lorsque l'HTA n'est pas contrôlée.
Exercice recommandé pendant la grossesse
Pendant et après la grossesse, l'HTA, l'obésité, le diabète, la maladie rénale, l'âge, la dyslipidémie familiale... augmentent le risque cardiovasculaire. Marilucy Lopez-Sublet liste les risques à court terme pour la mère : pré-éclampsie, infarctus, AVC, décès... et pour l'enfant : faible poids, prématurité, décès... La prévention passe par l'activité physique, une alimentation adaptée et le contrôle du poids. Des traitements médicamenteux existent. « A long terme, pour la mère, une HTA gravidique ou un diabète gestationnel augmentent les risques cardiovasculaires et pour l'enfant, le risque d'être hypertendu ou d'avoir une MCV à l'âge adulte. Le suivi est impératif et la prévention, capitale », ajoute-t-elle.
Pendant la grossesse, l'exercice physique est recommandé (marche à pied, vélo fixe, exercices aérobies, danse, exercices en résistance, stretching/élongations, hydrothérapie, exercices aérobies dans l'eau). Les bénéfices en sont l'augmentation de l'incidence d'accouchement par voie basse et la diminution de l'incidence de prise de poids excessive, de diabète gestationnel, d'HTA gravidique/prééclampsie, d'accouchement prématuré, de césarienne, de petit poids de naissance.
A la ménopause, les altérations de la santé cardiométabolique sont liées aux changements hormonaux : troubles du sommeil, effets vasculaires, HTA et effets métaboliques (augmentation des LDL, de l'obésité et du diabète). Theodora Bejan-Angoulvant rappelle les indications du traitement hormonal de la ménopause : symptômes vasomoteurs invalidants et/ou atrophie vulvo-vaginale/syndrome génito-urinaire ; ostéoporose. Chez la femme hypertendue, ce traitement est autorisé par voie transdermique si son risque cardiovasculaire est faible à modéré. Il est proscrit si le risque est élevé ou très élevé.
Les mesures hygiéno-diététiques sont valables à la ménopause et tout au long de la vie : maîtrise du poids (IMC inférieur à 25), alimentation saine (plus de légumes...), moins de sel, plus de potassium, moins ou zéro alcool, exercice physique. Elles ont des effets synergiques sur la pression artérielle.
De nouveaux risques en cours d'analyse
« Ce ne sont pas que les cardiologues qui doivent s'intéresser aux MCV mais tous les professionnels de santé. Nous sommes dans l'ère de la cardio-gynéco-obstétrique », ajoute Marilucy Lopez-Sublet. Pour dépister les risques cardiovasculaires, il faut s'intéresser aux risques classiques (hypertension, dyslipidémie, diabète, obésité, écarts de régime, sédentarité, tabagisme, antécédents familiaux d'infarctus du myocarde chez des sujets jeunes) et à ceux spécifiques des femmes : hypertension gravidique, ménopause précoce (avant 45 ans), diabète gestationnel, syndrome des ovaires polykystiques, endométriose.
Elle insiste sur les risques émergents qui sont en cours d'analyse : migraine avec aura, maladies inflammatoires et auto-immunes, endométriose, dépression, retard de croissance intra-utérin, accouchement prématuré, facteurs psychologiques, abus, intimidations et violences, précarité, ignorance en santé, facteurs environnementaux.
« Les symptômes coronaires sont parfois différents chez la femme et chez l'homme... mais pas tant que ça », précise Theodora Bejan-Angoulvant. Chez l'homme, les plus courants sont une gêne ou des picotements au niveau des bras, des épaules, du dos du cou ou de la mâchoire, des douleurs thoraciques et un essoufflement. Chez la femme, les symptômes supplémentaires les plus courants sont un étourdissement soudain, une sensation de brûlure d'estomac, des nausées ou des vomissements, des sueurs froides et une fatigue inhabituelle. Une enquête française montre que 92 % des femmes jeunes ayant présenté un infarctus du myocarde ont eu une douleur thoracique, qu'elles ont parfois ignorée. Les facteurs de risque sont le tabagisme (75 %), des antécédents familiaux (35 %), des complications de la grossesse (31 %), un stress émotionnel (55 %).
85 % prenaient une pilule contraceptive. Le risque lié au tabac est supérieur chez la femme par rapport à l'homme. Le diabète est également plus dangereux chez la femme que chez l'homme. Il ne faut pas négliger le cholestérol : après la ménopause, les femmes ont souvent une aggravation de leur profil lipidique. Les taux élevés de lipides doivent être traités précocement et les femmes présentant des plaques coronaires devraient bénéficier d'une prise en charge intense des facteurs de risque. Le surpoids et l'obésité augmentent en France.
Recommandations de l'Académie de médecine
L'Académie de médecine a publié un rapport, le 25 février 2025, avec des recommandations pour réduire l'inégalité de la prise en charge de l'infarctus chez la femme : programmes de sensibilisation et de formation pour les professionnels de santé, protocoles de soins tenant compte des spécificités des femmes, davantage de recherche incluant plus de femmes.
En pratique, pour améliorer le dépistage et l'hygiène de vie, les femmes peuvent avoir accès à quatre consultations longues gratuites avec leur médecin pour quatre tranches d'âge (18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, 70-75 ans). Chez la femme jeune à risque cardiovasculaire, les contraceptifs oestroprogestatifs sont contre-indiqués (première consultation longue remboursée). Par la suite, le risque cardiovasculaire peut être dépisté chez les femmes en âge de procréer et pendant la grossesse. En périménopause, il existe une consultation longue adaptée au risque cardiovasculaire.
Il est important de communiquer sur ces sujets. Les intervenantes recommandent le site www.agirpourlecoeurdesfemmes.com, qui informe sur les maladies cardiovasculaires, et les ressources disponibles sur le site de l'Assurance Maladie (relevés d'automesures tensionnelles...).
« La santé cardiovasculaire des femmes est non optimale et doit être évaluée surtout à partir de 40 ans. L'HTA, le diabète, le tabac, le cholestérol... sont plus dangereux chez la femme que chez l'homme et doivent être considérés par tous les professionnels de santé », conclut Marilucy Lopez-Sublet. Il faut identifier les moments clés dans la vie de la femme pour la prévention et le dépistage des facteurs de risque cardiovasculaire classiques et liés au sexe pour éviter le retard de la prise en charge. La recherche clinique et fondamentale permettra de mieux comprendre les particularités féminines, longtemps ignorées. ■
Encore plus d'infos !
Le webinaire est disponible en rediffusion : ici.
* Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral, CFDT, CFDT Agri Agro, CGT, FO, Unsa, AG2R La Mondiale.





