Rage chez une chienne exportée de Russie en Allemagne : vers un moratoire sur l'importation d'animaux de compagnie dans l'UE ?

La chienne faisait partie d'un lot de 22 chiens et 2 chats exportés par une association russe de protection animale via un poste frontière letton et semblait satisfaire aux exigences d'importation commerciale dans l'Union européenne. Les documents présent

© Yarohork-AdobeStock

Santé publique

Un cas de rage chez une chienne exportée de Russie en Allemagne met en lumière le risque lié aux documents irréguliers ou falsifiés lors des mouvements transfrontaliers d'animaux de compagnie. Quatre chiens accompagnant cette chienne, arrivés le 21 novembre 2025, ont été expédiés vers la France, l'Autriche, la Belgique et la Suisse. Compte tenu des graves conséquences pour la santé publique liées à l'introduction de la rage, un contrôle strict des importations d'animaux de compagnie s'impose. Un moratoire sur l'importation d'animaux de compagnie dans l'Union européenne en provenance de pays à haut risque semble justifié selon un article publié dans Eurosurveillance*.

En février 2026, un cas de rage a été confirmé chez une chienne en Rhénanie-Palatinat (Allemagne). Elle avait été importée de Russie en novembre 2025. Le 22 janvier, la chienne a présenté une anorexie et a été admise dans une clinique vétérinaire, où la présence d'un corps étranger a conduit à une intervention chirurgicale. Eurosurveillance* rapporte que pendant son hospitalisation, elle a perdu deux dents de lait après avoir mordu violemment les barreaux de sa cage. Ce comportement agressif a persisté à son domicile et, en raison de la suspicion de rage, la chienne a été placée en quarantaine le 25 janvier. Elle est décédée dans la nuit du 26 janvier 2026. Le traçage des contacts a permis d'identifier huit personnes exposées.

« Les premiers tests d'immunofluorescence directe (FAT) effectués sur un échantillon de cerveau de la chienne par le laboratoire d'État de Rhénanie-Palatinat ont donné des résultats négatifs le 28 janvier », précise Eurosurveillance. L'isolement du virus à partir de cet échantillon cérébral dans une culture de cellules de neuroblastome de souris a ensuite confirmé la rage, validée par RT-qPCR le 10 février. Le cas a été signalé à la Commission européenne via le Système d'alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux et le Système d'information sur les maladies animales et notifié à l'Organisation mondiale de la santé animale.

« Le résultat négatif initial du test FAT et les résultats positifs de la RT-qPCR ont été confirmés au Laboratoire national de référence pour la rage de l'Institut Friedrich-Loeffler. L'analyse d'images par microscopie confocale à balayage laser a mis en évidence la présence d'antigènes rabiques marqués par les anticorps anti-N et anti-P », indique Eurosurveillance.

L'analyse de la séquence du génome a révélé que le virus de la rage isolé appartenait à la lignée cosmopolite du RABV, montrant « la plus grande identité avec les séquences RABV du cluster C1b, associé au RABV du sud-est de la Russie, du Kazakhstan et de Chine ».

Un des chiens importés en France

La chienne faisait partie d'un lot de 22 chiens et 2 chats exportés par une association russe de protection animale via un poste frontière letton. Selon les documents joints (certificat sanitaire et passeport européen pour animaux de compagnie), elle serait née le 5 mai 2025, aurait été identifiée par puce électronique, vaccinée contre la rage en juillet 2025 et aurait eu un titrage d'anticorps antirabiques avant son entrée dans l'Union européenne (UE), avec un taux de 2 UI/ml en septembre 2025.

« Elle semblait donc satisfaire aux exigences d'importation commerciale dans l'UE, conformément au règlement d'exécution (UE) 2021/403 et au règlement délégué (UE) 2020/692 de la Commission », précise Eurosurveillance. « Cependant, l'autopsie a estimé son âge entre 4 et 6 mois au moment de son décès, suggérant une date de naissance au plus tôt fin juillet ou août 2025. Cette dernière date a d'ailleurs été mentionnée dans un groupe de discussion de l'association, indiquant que les documents présentés étaient probablement falsifiés. Ceci est corroboré par l'expertise médico-légale du fabricant du vaccin, qui a établi que l'étiquette du vaccin dans le passeport de la chienne n'était pas authentique ».

Des investigations ont montré que le convoi a franchi la frontière biélorusse vers la Lettonie le 21 novembre 2025 à un poste de contrôle vétérinaire frontalier, où des vérifications documentaires, d'identité et physiques auraient été effectuées et jugées satisfaisantes. Le transport a été enregistré dans le système européen de contrôle des échanges et d'expertise (TRACES) avec un document sanitaire commun d'entrée.

Quatre chiens de ce convoi, arrivés le 21 novembre 2025, ont été expédiés vers l'Autriche, la Belgique, la France et la Suisse. Les 19 autres animaux (17 chiens, 2 chats) du même convoi étaient destinés à l'Allemagne. Les analyses TRACES ont révélé que deux envois provenant de la même organisation russe de protection animale ont franchi la frontière biélorusse-lettone à peu près au même moment, le soir du 20 novembre et la nuit du 21 novembre 2025.

Titres d'anticorps variables selon les pays de vaccination

« Comme il existait un soupçon que les animaux des trois envois aient pu être en contact les uns avec les autres, au lieu d'origine ou au poste de contrôle frontalier, les 32 chiens et 22 chats des deux autres envois ont été tracés en Allemagne par les autorités vétérinaires », ajoute Eurosurveillance.

Le suivi des trois transports a révélé des incohérences supplémentaires dans la documentation pour neuf cas, dont six où la même étiquette de vaccin falsifiée avait été utilisée. Des tests sérologiques répétés ont montré des titres supérieurs à 0,5 UI/ml chez 33 animaux et inférieurs à 0,5 UI/ml chez 16 animaux.

« Bien que la falsification de documents ne puisse être exclue, la dynamique temporelle des titres d'anticorps et la variabilité interlaboratoires inhérente doivent également être prises en compte. Dans une étude précédente, des chiens importés de Roumanie et de Russie présentaient des titres significativement plus faibles que les chiens vaccinés en Finlande », précise Eurosurveillance.

D'après la documentation TRACES, une organisation russe de protection animale située près de Moscou a été identifiée comme lieu d'origine de tous les animaux expédiés. Les analyses phylogénétiques suggèrent toutefois que le virus, et probablement la chienne, provenaient du Centre-Sud de la Russie.

Dans le foyer, un chat non vacciné avait été en contact direct avec la chienne enragée et a été euthanasié. Des mesures de contrôle ont été appliquées aux autres animaux transportés, notamment mise en quarantaine, tests sérologiques et, si nécessaire, revaccination antirabique.

Possibilité de fraudes à différentes étapes

« La vaccination et les tests sérologiques sont des mesures essentielles pour atténuer les risques de rage liés aux importations d'animaux. Bien que les documents présentés indiquent un titre d'anticorps adéquat après vaccination, les divergences observées lors des tests de contrôle ultérieurs sont préoccupantes. Des explications méthodologiques, notamment des problèmes liés aux réactifs, semblent peu probables dans le cadre de procédures de test accréditées. En revanche, la possibilité de falsification ou de fraude à différentes étapes du processus d'importation, comme la soumission d'échantillons de sérum mal étiquetés, doit être envisagée », commente Eurosurveillance.

Ce cas met en lumière le risque que représentent les documents irréguliers ou falsifiés lors des mouvements transfrontaliers d'animaux de compagnie. Malgré la vaccination et les tests sérologiques documentés, les incohérences relevées lors des nouveaux tests soulèvent des inquiétudes quant à la fiabilité et l'intégrité des procédures d'importation.

« Compte tenu des graves conséquences pour la santé publique liées à l'introduction de la rage, et au vu des éléments de preuve présentés ici, un contrôle strict des importations d'animaux de compagnie s'impose. Un moratoire sur l'importation d'animaux de compagnie dans l'UE en provenance de pays à haut risque semble justifié », conclut Eurosurveillance. V.D.

* Eurosurveillance, volume 31, numéro 19, 14 mai 2026.


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