Races canines et santé : bannir les idées reçues

Dans une étude récente, les races n'expliquaient que 9 % des variations comportementales entre individus.

© M.L.

Gilles CHAUDIEU

Spécialiste en ophtalmologie

Ancien président du Groupe d'étude des maladies oculaires de l'Afvac*

Membre de la Commission scientifique de la Centrale canine

Tribune libre

En réaction à la proposition de loi contre l'hypertype racial canin et félin déposée par le sénateur David Salmon, notre confrère Gilles Chaudieu, cynophile averti, livre ses réflexions sur la place de la race dans le comportement et la santé du chien. Si dans l'esprit du public la santé et la longévité sont plus faibles chez les chiens de race pure, les études ne confirment pas toujours cette impression. De même, le choix d'une race pure ne peut être assimilé à une garantie solide du caractère.

L'attrait du public pour les chiens de races croisées est fort, lié à la possible adoption en refuge, chez des amis ou connaissances. L'espérance d'une robustesse supérieure, d'un meilleur caractère que chez un chien de race pure est communément admise.

La sélection génétique a pu être présentée comme « altérant le bien-être des animaux de compagnie ». L'exigence d'« un certificat de santé produit par un vétérinaire attestant de l'absence de maladies raciales d'origine génétique » a été formulée dans le cadre d'une proposition de loi visant à lutter contre l'hypertype (DV n° 1802).

Une référence objective à des données scientifiques reconnues est susceptible de dépassionner le débat.

Caractère, aptitudes et sélection

La génétique du comportement concerne les races modernes, isolats génétiques, définis par des critères morphologiques de standard et certains traits comportementaux recherchés. Beaucoup de ces derniers sont considérés comme héritables (héritabilité supérieure à 0,25), leurs combinaisons chez les chiens de races croisées témoignant de propensions raciales spécifiques à leur expression. Une corrélation entre le génome et des caractéristiques comportementales a été recherchée à l'aide d'un questionnaire incluant 8 attitudes révélatrices de propensions comportementales latentes, adressé à 18 335 propriétaires de chiens de races pures et de races croisées. 2 155 sujets ont été génotypés.

Les races n'expliquaient que 9 % des variations comportementales entre individus. L'étude d'association pangénomique identifiait 11 locus réputés significativement associés aux comportements : ceux typiques de races se révélaient d'une grande complexité génétique et leur propension à exprimer leur potentiel s'alignait, quoi que faiblement, sur des fonctions ancestrales, sans être exceptionnellement différenciés selon les races.

L'étude concluait que des attitudes perçues comme typiquement comportementales chez les races actuelles dérivaient d'une adaptation polygénique multimillénaire antérieure à leur constitution, les principaux signes distinctifs raciaux actuels demeurant morphologiques. En résumé, la plupart des traits comportementaux étaient héritables pour partie, sans possibilité de réellement différencier le comportement global d'une race par rapport à une autre.

Le choix de la race pure ne peut donc être assimilé à une garantie solide du caractère, comme l'imaginent beaucoup de propriétaires. Les traits comportementaux recherchés correspondent à des aptitudes raciales spécifiques sélectionnées et fixées pour leur héritabilité significative par les éleveurs de différents groupes de races. Un acquéreur potentiel de chien de race doit avoir conscience que la valeur ajoutée à ces aptitudes résulte du travail de l'éleveur sélectionneur sur des lignées qu'il connaît parfaitement.

Santé et longévité

Santé et la longévité sont-elles plus faibles chez les chiens de race pure ?

Le public répond plutôt par l'affirmative à la question.

Cependant, des examens oculaires ont montré que la dysplasie rétinienne était plus fréquente chez des chiens croisés retriever du Labrador x caniche que chez leurs parents de race pure.

Parmi les 20 maladies les plus fréquentes, la prévalence des otites externes et de l'obésité était significativement plus élevée chez les chiens de race pure que chez les chiens croisés, avec des valeurs variables selon les races, ce qui rendait difficile la distinction entre ce qui relevait de la race et des individus eux-mêmes.

Une seconde étude montrait que, pour 13 maladies sur 24, le risque évalué selon des critères d'âge, de sexe et de poids corporel n'était pas significativement différent d'une population à l'autre : la sténose aortique, la cardiomyopathie dilatée, l'hypothyroïdie, la dysplasie du coude et les cataractes étaient plus prévalentes chez les chiens de race pure mais leur recherche y était par ailleurs plus systématiquement effectuée.

De même, une prévalence supérieure de la rupture du ligament croisé crânial était notée les chiens de races croisées, corrigée par un mode de vie souvent moins contraint, bien que des études aient identifié quelques prédispositions génétiques raciales. Ce dernier exemple permet de prendre la mesure de la complexité des maladies multifactorielles.

Les données actuelles de génotypage s'accordent pour attribuer la fréquence significative d'un ou plusieurs variants associés à une maladie génétique dans une race à leur ségrégation ancienne, bien antérieure à l'isolement génétique lié au développement de la race.

La longévité moyenne diffère selon les races. Évaluée sur une cohorte de 30 563 chiens avec un intervalle de confiance de 95 %, l'espérance de vie des chiens de race pure s'établissait à 11,23 années, d'un minimum de 4,53 ans chez le bouledogue français à un maximum de 12,72 ans chez le Jack Russell terrier. Pour les chiens de races croisées, elle était de 11,82 ans.

Alors que certaines études identifiaient une espérance de vie plus faible chez les chiens de race pure, celle, récente, de Mac Millan et al, menée sur 584 734 chiens, ne concluait pas dans ce sens, montrant que l'estimation de la médiane de survie chez 47,1% des chiens de race pure était supérieure à celle estimée des chiens de races croisées. L'espérance de vie de chiens de race pure était inférieure à celle des chiens de races croisées pour seulement 25,8 % d'entre eux et il n'y avait pas de différence significative pour 25,8 % des chiens de races croisées par rapport à ceux de race pure.

Ces quelques considérations soulignent le danger que peuvent faire courir des idées reçues, notamment celles stigmatisant le concept de race. Une collaboration insuffisante entre la cynophilie et la science maintiendrait ouverte une brèche dans laquelle la confusion entre opinion et vérité scientifique pourrait trouver son espace et se maintenir.

Les éleveurs sélectionneurs de qualité ne devraient pas souffrir de cette situation qui ne profite qu'à certains de leurs contempteurs dont les arguments sont biaisés. Le rôle de la profession vétérinaire est de contribuer à l'objectivité et à la qualité du nécessaire débat engagé sur le respect et la promotion du bien-être et de la santé des chiens.

Bibliographie sur demande auprès de La Dépêche Vétérinaire.

* Afvac : Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.

« Toute reproduction, diffusion, traduction ou exploitation totale ou partielle de nos contenus de quelque nature que ce soit, accessibles gratuitement ou non, sans l’autorisation écrite et préalable de La Dépêche Vétérinaire, est strictement interdite (articles L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle) »
Envoyer à un ami

Mot de passe oublié

Reçevoir ses identifiants