Notre confrère Raphaël Guatteo devient président de l'EBVS
Notre confrère Raphaël Guatteo est double diplômé de collèges européens.
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Spécialisation
Notre confrère Raphaël Guatteo, double diplômé de collèges européens en bien-être animal et médecine comportementale et en gestion de la santé bovine, a été nommé président du Conseil européen de spécialisation vétérinaire (EBVS) qui chapeaute les 28 collèges et supervise la spécialisation vétérinaire en Europe depuis 33 ans. Enseignant de médecine bovine à Oniris, il devient le premier Français à présider cet organisme. Il entend poursuivre le travail engagé par ses prédécesseurs sur la promotion et la visibilité de la spécialisation en Europe et dans le monde.
■ La Dépêche Vétérinaire : Vous avez été nommé président du Conseil européen de spécialisation vétérinaire (EBVS) lors de son assemblée générale, les 21 et 22 avril, à Zagreb, après en avoir été vice-président pendant 3 ans. Quels seront votre rôle et vos missions principales durant les trois années de votre mandat et, plus globalement, quels sont le rôle de l'EBVS et son importance pour la profession ?
Raphaël Guatteo, dip ECBHM, dip ECAWBM, enseignant en médecine bovine à Oniris : L'élection en tant que président était attendue dans la mesure où, comme vous l'indiquez, j'étais déjà vice-président depuis 3 ans, plus particulièrement en charge de dossiers comme la communication et le lien avec les étudiants et les résidents.
Durant les 3 prochaines années, il s'agira pour toute l'équipe du comité exécutif (Heiko Nahues, senior vice-président, Anouck Haverbecke, vice-présidente, Davina Anderson, trésorière, et Smaragda Sotiraki, secrétaire), avec l'aide de notre CEO Julie Rosser et de notre directeur Education Mark Bowen, de poursuivre la stratégie débutée par notre organisation il y a déjà plusieurs années, à savoir : promouvoir et faciliter l'accès aux formations de spécialisation (notamment en diversifiant les voies d'accès à l'examen tout en assurant la qualité de la formation) ; travailler à accroître la visibilité de l'EBVS et de nos spécialistes auprès du grand public, des clients dans toute leur diversité et des porteurs d'enjeux ; travailler à la reconnaissance du titre européen dans tous les pays ; travailler sur la santé mentale et le bien-être des résidents et de nos confrères et, pour cela, il convient de travailler de concert avec les autres organisations comme la Fédération vétérinaire européenne et l'AEEEV* pour dessiner le future de la profession. Enfin, nous poursuivrons notre internationalisation en continuant nos collaborations avec les organisations miroirs aux Etats-Unis et développerons aussi cela avec l'Asie.
L'EBVS a pour rôle de bâtir et d'assurer la qualité du cadre des formations de spécialistes, d'analyser l'opportunité de création de nouvelles spécialités (comme récemment avec le collège de Primary Care Companion Animal) et de promouvoir la spécialisation. Mais avant tout, notre rôle est d'aider autant que possible nos désormais 28 collèges et 38 spécialités : nous sommes là avec eux et pour eux ! L'EBVS est une grande famille.
■ D.V. : Comment a évolué et continue de le faire la spécialisation vétérinaire en France ? Accuse-t-on un retard par rapport aux autres pays européens ?
R.G. : La France fait partie des pays européens comptant en valeur absolue le plus grand nombre de spécialistes (on en compte près de 600 à date sur plus de 4 000 pour toute l'Europe). Par contre, quand on ramène au nombre de vétérinaires exerçant en France, notre ratio est plus faible que dans d'autres pays (comme la Suisse, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni).
La France est dans une dynamique constante forte et historique et notamment dans des collèges plus confidentiels en nombre. Les challenges concernent plus la répartition entre les différents collèges et l'accès, pour ceux qui le souhaitent, à des formations de résidanat qui sont, pour certains collèges (comme en chirurgie), très compétitifs avec plus de candidats que de places ou alors ont plus de mal à identifier des financements spécifiques pour monter des résidanats (dans les disciplines non cliniques par exemple).
Mais la France est active, se structure (avec notamment SpeVet dont il faut saluer le travail), propose, échange et est visible. De nombreux confrères ont été ou sont aujourd'hui à la tête de différents collèges européens et la présidence de l'EBVS est désormais assuré par un Français : nous sommes donc dans la place.
■ D.V. : L'évolution du paysage vétérinaire avec le développement des groupes de cliniques a-t-il impacté celui de la spécialisation ?
R.G. : Cette question n'amène pas la même réponse selon les pays où le développement des groupes n'a pas la même antériorité et où les marchés peuvent différer. Si impact il y a, celui-ci est dans le secteur des animaux de compagnie et, secondairement, des chevaux mais cela n'a que très peu d'impact sur les animaux d'élevage.
Cet impact peut à la fois dans certains pays avoir été ou être favorable au développement de programmes de résidanats, notamment au sein d'établissements de type centre hospitalier vétérinaire, mais il convient de dire aussi que, dans certains pays, certains groupes se posent la question du retour sur investissement de telles formations au sein de leurs structures. Cela sera un des points abordés lors du second congrès de l'EBVS organisé en octobre prochain à Krakow, en Pologne.
■ D.V. : L'EBVS a annoncé tout récemment la reconnaissance provisoire d'un nouveau collège européen dédié aux soins primaires. Que recouvre-t-il exactement et quelle sera la valeur ajoutée pour les vétérinaires généralistes qui choisiront cette spécialisation ?
R.G. : Ce collège a suivi la procédure prévue par l'EBVS et tout est parti d'un besoin ressenti et non couvert sur le terrain, à savoir reconnaitre le rôle de nombre de confrères praticiens généralistes qui oeuvrent au quotidien en mobilisant de nombreuses disciplines, sur des cas complexes, avec parfois de nombreuse comorbidités et qui réalisent un travail fantastique et de niveau expert, notamment en coordination du parcours de soins ou en participant à des avancées dans la prise en charge quotidienne de nos animaux (je pense par exemple à des guides de consensus, de bonnes pratiques).
Et si on compare à la médecine humaine, la médecine générale est, depuis quelques années, également une spécialité et nos collèges européens d'espèce (bovine, petits ruminant, porcs, volailles, poissons) étaient déjà une forme de prémices.
Ce collège sera dédié uniquement au chien et au chat et la valeur ajoutée résidera dans la formation, le réseau dans lequel cela permet de s'insérer, dans l'impact que l'on peut avoir dans la pratique quotidienne et, sans doute, dans l'accès à certains postes dans certaines structures. ■
* AEEEV : Association européenne des établissements d'enseignement vétérinaire.





