Indépendance professionnelle et prévention au coeur des débats des instances vétérinaires européennes

Les assemblées générales de l'Union européenne des vétérinaires praticiens (UEVP) et de la Fédération vétérinaire européenne (FVE) se sont tenues à Rovaniemi, en Finlande, du 11 au 13 juin.

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Julien LE TUAL

Vice-président du SNVEL*

Exercice

Réunis en Laponie finlandaise en juin dernier, les représentants de l'Union européenne des vétérinaires praticiens et de la Fédération vétérinaire européenne ont consacré leurs assemblées générales à plusieurs sujets structurants pour la profession vétérinaire européenne : indépendance de l'exercice, santé animale, biosécurité, attractivité des métiers et place des praticiens dans les politiques publiques. L'enjeu est de trouver la place que la société européenne veut donner au vétérinaire.

Les assemblées générales de l'Union européenne des vétérinaires praticiens (UEVP) et de la Fédération vétérinaire européenne (FVE) se sont tenues à Rovaniemi, en Finlande, du 11 au 13 juin. Au-delà du cadre symbolique de la Laponie, territoire marqué par la résilience, les grands espaces et l'élevage de rennes, les discussions ont confirmé que les dossiers européens pèsent de plus en plus directement sur l'exercice quotidien des vétérinaires praticiens.

L'UEVP, présidée par notre confrère Volker Moser, a ouvert ces journées par une assemblée générale centrée sur la place des praticiens dans la construction des positions européennes. Plusieurs sujets ont dominé les échanges : la démographie professionnelle, les difficultés de maintien d'une offre vétérinaire en milieu rural, la montée des attentes sociétales, l'usage des outils numériques et de l'intelligence artificielle et l'évolution des modèles économiques des structures vétérinaires.

Indépendance vétérinaire : dossier européen

Le sujet le plus politique de l'assemblée générale de l'UEVP a été le recours engagé par la Commission européenne contre la France devant la Cour de justice de l'Union européenne concernant les règles françaises encadrant les sociétés d'exercice vétérinaire (lire DV n° 1803). La Commission conteste notamment les dispositions imposant qu'une majorité des associés d'une société vétérinaire exerce effectivement dans cette société ainsi que la présence d'un vétérinaire associé dans chaque établissement.

Pour le SNVEL*, ces règles ne relèvent pas d'une fermeture corporatiste du marché mais constituent une garantie d'indépendance professionnelle. L'enjeu n'est pas de refuser l'investissement dans les structures vétérinaires ni de s'opposer à la mobilité européenne mais de garantir que les décisions cliniques et de prescription restent prises par des vétérinaires, dans l'intérêt de l'animal, du détenteur, de la santé publique et de la société.

Cette position a reçu un soutien clair au sein de l'UEVP. Plusieurs délégations ont exprimé leur volonté d'appuyer la ligne défendue par le SNVEL. Les débats ont permis de clarifier une distinction importante : d'un côté, la propriété, la gouvernance et le contrôle effectif des sociétés vétérinaires ; de l'autre, la prestation temporaire de services transfrontaliers. Sur ce second point, l'encadrement par des garanties paraît juridiquement plus solide qu'une interdiction générale : reconnaissance des qualifications, déclaration ou enregistrement, traçabilité des actes, continuité des soins, responsabilité disciplinaire et respect des règles nationales de prescription.

La formule qui ressort des échanges pourrait résumer la ligne européenne en construction : quel que soit le modèle économique, la décision vétérinaire doit rester vétérinaire. Autrement dit, le professionnel doit garder la main et non le bilan comptable.

Présence française renforcée dans les groupes de travail

Pour la délégation française, Rovaniemi a également confirmé l'intérêt d'un engagement actif dans les instances européennes. Plusieurs nominations récentes renforcent la présence française dans les groupes de travail de la FVE : je rejoins le groupe bien-être animal et devient suppléant au sein du groupe santé animale tandis que notre confrère Jean-Pierre Orand prend la présidence du groupe consacré au médicament vétérinaire.

Ces positions ne sont pas seulement honorifiques. Elles permettent d'intervenir en amont sur les textes, les position papers et les réponses aux consultations européennes. Dans un contexte où les décisions prises à Bruxelles influencent directement l'exercice en clientèle, la stratégie n'est plus de réagir a posteriori mais de contribuer à la rédaction des orientations.

Prévention, vaccination et bio­sécurité : sortir de la logique de crise

La FVE, présidée par notre confrère Siegfried Moder, a présenté un état de la fédération particulièrement dense. Depuis la précédente assemblée générale, la fédération a participé à plusieurs centaines de réunions et répondu à de nombreuses consultations européennes, principalement sur le bien-être animal, la santé animale, la santé publique vétérinaire, le médicament et l'antibiorésistance.

Parmi les priorités affichées figurent la biosécurité, les visites sanitaires préventives, la disponibilité des médicaments vétérinaires, la démographie professionnelle, la mise à jour du Code de conduite et la préparation de la quatrième enquête européenne sur la profession vétérinaire.

Le message sanitaire a été constant : il faut déplacer le centre de gravité des politiques publiques de la réaction vers la prévention. La FVE poursuit ainsi la promotion de son approche « prévention plutôt que traitement, vaccination plutôt qu'abattage ». Les exemples récents de fièvre aphteuse, d'influenza aviaire, de fièvre catarrhale ovine, de peste des petits ruminants ou de dermatose nodulaire contagieuse rappellent que les maladies dites exotiques ne le sont plus réellement à l'échelle européenne.

Les débats ont insisté sur le rôle central du vétérinaire praticien dans les visites sanitaires prévues par l'article 25 de la loi européenne de santé animale. La biosécurité ne peut pas être réduite à un slogan réglementaire : elle doit devenir un accompagnement concret des élevages, reposant sur des conseils applicables, un suivi régulier et une relation de confiance entre vétérinaire et éleveur.

Médicament vétérinaire : disponibilité et sécurité juridique

Le médicament vétérinaire a également occupé une place importante. Les discussions ont porté sur l'application de l'article 106 du règlement européen relatif aux médicaments vétérinaires, en particulier sur les difficultés liées au respect strict des résumés des caractéristiques du produit et à l'articulation avec les règles de la cascade.

La FVE a rappelé son objectif : défendre une prescription fondée sur la science, juridiquement sécurisée mais compatible avec les réalités du terrain. La disponibilité des médicaments pour les espèces mineures et les marchés limités reste également un sujet sensible, notamment pour les ovins, caprins, abeilles, lapins, ânes, volailles spécifiques ou dindes.

Attractivité du métier et besoins du terrain

La démographie vétérinaire a traversé l'ensemble des débats. La pénurie ne touche pas tous les pays ni tous les secteurs de la même façon mais les difficultés de recrutement et de maintien des praticiens en zone rurale apparaissent comme un problème européen. Les attentes des jeunes générations, l'équilibre vie professionnelle-vie personnelle, la charge de garde, la rémunération, la reconnaissance sociale et les conditions d'exercice doivent être analysés sans nostalgie ni simplification.

Une séquence interactive de la FVE a été consacrée aux choix de carrière des étudiants et jeunes vétérinaires. Elle doit alimenter la quatrième enquête européenne sur la profession, dont les premiers résultats ont été présentés à Rovaniemi. Pour la France, l'analyse sera particulièrement utile compte tenu du volume de réponses et de la possibilité de comparer la situation nationale à celle des autres pays européens.

De la Laponie aux menaces biologiques

Le programme finlandais a aussi donné une couleur spécifique à cette assemblée générale. Une intervention consacrée à l'élevage de rennes a rappelé les dimensions culturelles, économiques et de bien-être animal propres à cette production emblématique du nord de la Finlande. Une autre session, animée par un vétérinaire des forces de défense finlandaises, a abordé les menaces biologiques, la biosécurité et le rôle des vétérinaires dans la préparation aux crises.

Cette séquence a élargi le regard : l'agriculture, les animaux de production et les filières alimentaires peuvent devenir des cibles en cas de sabotage ou d'agroterrorisme. Dans ce contexte, le vétérinaire n'est pas seulement un soignant ; il est aussi un acteur de surveillance, d'alerte, de continuité alimentaire et de sécurité collective.

Une profession européenne en recomposition

Les assemblées générales de Rovaniemi ont confirmé que la profession vétérinaire européenne se trouve à un moment charnière. Les sujets abordés - indépendance professionnelle, gouvernance des structures, prévention sanitaire, biosécurité, pénurie de praticiens, médicament, intelligence artificielle et attentes sociétales - ne sont pas des dossiers isolés. Ils dessinent une même question : quelle place la société européenne veut-elle donner au vétérinaire ?

La réponse portée par l'UEVP et la FVE est claire : les vétérinaires doivent rester des professionnels de santé indépendants, pleinement intégrés aux politiques publiques, mais capables de défendre leur jugement clinique et leurs responsabilités. Pour les praticiens français, l'enjeu est donc double : suivre de près les évolutions européennes et continuer à y peser activement.

* SNVEL : Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1810

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