Grève administrative des vétérinaires : « Cette mobilisation est profondément responsable »
David Quint est président du SNVEL.
© Jacques Graf
Exercice
Le Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral (SNVEL) a appelé, le 30 mars, à une grève administrative dans le cadre de la vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse pour exprimer « son plus vif mécontentement face aux retards de paiement inacceptables » de la part de l'Etat. Le dossier semble avancer avec une proposition du ministère de l'Agriculture, jugée cependant insuffisante par le président du SNVEL, qui note que le mouvement est largement suivi par les vétérinaires.
■ La Dépêche Vétérinaire : L'actualité syndicale en ce début avril est chargée. Vous avez appelé à une grève administrative dans le cadre de la vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse en raison des délais de paiement des missions des vétérinaires sanitaires (lire DV n° 1793). Est-ce que cette action commence à porter ses fruits ?
David Quint, président du SNVEL : Nous avons annoncé le mouvement le 30 mars après des mois d'alertes et un ras-le-bol exprimé du terrain que je ne pouvais laisser sans réponse.
Dès vendredi soir (3 avril NDLR), nous avions une proposition du cabinet de la ministre Genevard. Donc je dirais « Oui... mais ! ». C'est encore fragile...
Il y a clairement eu une prise de conscience du côté de l'État et le fait qu'un engagement ait été formulé pour verser une part significative (supérieure à 50 %) des sommes dues à chaque structure vétérinaire dans un délai d'un mois va dans le bon sens. C'est un signal et on ne peut pas faire comme s'il n'existait pas.
Mais, sur le terrain, ce que nous disent les confrères, c'est que ce signal ne suffit pas encore à rassurer. Le vrai sujet, ce n'est pas seulement un premier versement partiel, c'est la sécurisation de l'ensemble du dispositif : savoir quand et comment le solde sera payé, avoir des engagements clairs, opposables, suivis dans le temps.
Aujourd'hui, cette visibilité manque encore. Et, tant qu'elle n'est pas là, il est difficile de demander aux vétérinaires de relâcher leur mobilisation. Parce que, derrière, il y a des structures qui tiennent à bout de bras, avec des tensions de trésorerie très concrètes.
■■D.V. : L'appel est-il bien suivi et est-ce que vous avez le soutien de partenaires ?
D.Q. : Oui, l'appel est très largement suivi et c'est sans doute ce qui a permis d'obtenir ce premier mouvement de l'État.
Ce qui est important de comprendre, c'est que cette mobilisation n'est pas une posture. Elle est profondément responsable. Les vétérinaires ont fait le choix d'une grève administrative précisément pour ne pas mettre en danger la sécurité sanitaire du territoire.
Ils continuent d'assurer les actes essentiels de vaccinations. Ils restent présents sur le terrain pour avancer avant que l'accessibilité des animaux ne soit moins aisée.
C'est aussi pour ne pas mettre nos consoeurs et confrères en difficulté à la sortie de la crise que nous avons fait ce choix. Si on peut éviter de revivre le calvaire de l'été dernier, on le fait.
Et ça, l'État lui-même le reconnaît : la profession est engagée, fiable, et elle agit avec un sens aigu de l'intérêt général.
Sur le plan des soutiens, il y a une vraie compréhension, y compris chez nos partenaires agricoles.
En tout cas, nous n'avons pas reçu de message désagréable à ce stade. Parce que tout le monde voit bien que si les vétérinaires sanitaires décrochent, c'est tout le modèle qui vacille. On touche là à quelque chose de structurant pour les filières.
■ D.V. : Vous avez mis en place une cellule d'aide aux confrères confrontés à des difficultés de trésorerie. En quoi consiste ce service ?
D.Q. : C'est une réponse très concrète à une situation qui, pour certains confrères, est devenue vraiment difficile.
On a des structures qui ont avancé des sommes importantes pour des missions réalisées pour le compte de l'État... et qui attendent leur paiement depuis des mois. À un moment donné, ce n'est plus tenable. Et ce moment est largement arrivé...
Cette cellule a deux objectifs. D'abord, être un point d'écoute et d'accompagnement : comprendre les situations individuelles, orienter, proposer des solutions. Ensuite, essayer d'apporter des réponses opérationnelles, notamment en facilitant les échanges avec les administrations ou en identifiant des leviers de soutien.
Mais soyons lucides : ce n'est pas une solution structurelle. Ce n'est pas à la profession de compenser les défaillances de paiement de l'État. Cette cellule, c'est un filet de sécurité, pas une réponse de fond.
■ D.V. : Dans ce contexte de crise, vous avez demandé à ce que la profession figure parmi celles prioritaires pour les aides au carburant. Êtes-vous optimiste ?
D.Q : Je suis à la fois lucide... et déterminé.
Lucide, parce qu'on voit bien que les arbitrages budgétaires sont contraints et que tout le monde se bat pour être reconnu. Mais déterminé parce que la situation des vétérinaires, en particulier en rurale, est objectivement critique.
Les déplacements représentent une part majeure de leur activité, avec des tournées de plus en plus longues, dans des zones de moins en moins denses. Et, en parallèle, leur modèle économique s'est profondément dégradé.
Dans ce contexte, ne pas intégrer les vétérinaires dans les dispositifs de soutien, ce serait passer à côté d'un enjeu stratégique : celui du maintien du maillage sanitaire sur le territoire.
Car même si on pourrait nous répondre que les tarifs de déplacements sont libres, c'est au moins partiellement faux ! Imaginer que les vétérinaires peuvent ne pas tenir compte de la situation économique de leurs clients est déconnecté de la réalité. Et puis, dans les déplacements dans le cadre de leurs missions sanitaires, les tarifs sont administrés et n'ont pas été revus en tenant compte de cette crise.
Donc, oui, je veux croire qu'on peut être entendu. Mais, là encore, ce qui fera la différence, ce sont des décisions concrètes, pas des intentions. ■





