Étendre les tirs d'effarouchements sur l'ours à toutes les estives : Vétérinaires pour la biodiversité donne un avis négatif

Alors que le nombre d'ours augmente dans les Pyrénées (environ 11 % chaque année), les dommages aux troupeaux sont en baisse.

© JeanFrançois-AdobeStock

Faune sauvage

Une consultation publique a été lancée le 8 juin sur un projet d'arrêté modifiant l'arrêté du 4 mai 2023 relatif à la mise en place de mesures d'effarouchement de l'ours brun dans les Pyrénées, visant à permettre l'extension des tirs à l'ensemble des estives et leur réalisation par les bergers et éleveurs pour prévenir les dommages sur les troupeaux. Vétérinaires pour la biodiversité présente un avis défavorable à ce projet. L'association recommande l'interdiction des tirs d'effarouchement sur les femelles suitées pour ne pas risquer de séparation de la mère et de ses petits et souligne que la mise en place de kit de sécurité anti-ours est nécessaire sur les estives, incluant par exemple une bombe anti-ours.

Une consultation publique (https://urlr.me/ypu6ZT) a été lancée le 8 juin sur un projet d'arrêté modifiant l'arrêté du 4 mai 2023 relatif à la mise en place de mesures d'effarouchement de l'ours brun dans les Pyrénées, visant à permettre l'extension de ces tirs à l'ensemble des estives et permettre leur réalisation par les bergers et éleveurs pour prévenir les dommages sur les troupeaux. L'association Vétérinaires pour la biodiversité (VPB) a présenté, le 22 juin, son positionnement sur ce projet d'arrêté via le groupe de travail Ours et invite les vétérinaires à participer à cette consultation publique (clôture le 29 juin).

En 2023, 2024 et 2025, l'ours brun a été impliqué respectivement dans 349, 310 et 289 attaques sur le bétail en France. En 2023 et 2024, ces attaques ont fait respectivement 552, 565 et 510 victimes (animaux blessés ou tués) dans ces troupeaux (Office français de la biodiversité (OFB)). « La mortalité naturelle et sanitaire des élevages ovins français se chiffre en centaines de milliers d'animaux par an. La mortalité périnatale des agneaux est couramment de 15 à 20 %, la mortalité des adultes de 3 à 6 % (ministère de la Transition écologique). En ordre de grandeur, les quelque 550 victimes annuelles de l'ours représentent donc bien moins de 0,1 % de la mortalité totale du cheptel ovin français, probablement de l'ordre de quelques millièmes de pour cent à l'échelle nationale », indique VPB.

Les tirs d'effarouchement renforcés sont des tirs de cartouches à double détonation effectués au fusil, dirigés contre les ours pour les effrayer, provoquer la fuite et induire un conditionnement aversif afin de protéger les troupeaux domestiques dans les estives pyrénéennes (conditions et limites de cette mesure : arrêté du 4 mai 2023 autorisant les dérogations à l'interdiction de perturbation intentionnelle de l'ours brun pour protéger les troupeaux).

Prédation : un comportement partagé

Ces opérations doivent être réalisées en présence du troupeau et à sa proximité immédiate et être justifiées par des attaques l'année précédente ou des attaques répétées sur l'estive pendant les deux années précédentes. Ces opérations se déroulent de nuit et peuvent être répétées.

« L'objectif du projet d'arrêté est d'améliorer la réactivité sur le terrain en proposant que l'effarouchement puisse être réalisé par les bergers et non plus uniquement par l'OFB, à la suite d'une formation dispensée par l'OFB », explique VPB.

L'association rappelle que l'OFB a mis en évidence que le nombre de prédations attribuées à un ours ne reflète pas un comportement individuel. Les actes de prédation sur troupeaux domestiques ou ruchers concernent pratiquement tous les ours adultes fréquentant les Pyrénées. « La prédation apparaît donc comme un comportement partagé au sein de la population ursine et n'est pas le propre de certains individus. Il n'y aurait pas de différence significative entre mâles et femelles et ces actes sont liés à l'opportunisme. Par conséquent, l'objectif d'un conditionnement aversif sur des comportements non individualisés et opportunistes semble peu réalisable », souligne VPB.

Alors que le nombre d'ours augmente dans les Pyrénées (environ 11 % chaque année), les dommages aux troupeaux sont en baisse : environ 500 animaux par an depuis 2023 contre 1 173 en 2019 (Rapport annuel du réseau ours brun, OFB). Cette baisse semble corrélée au déploiement progressif des mesures de protection sur le massif pyrénéen. C'est pourquoi, selon VPB, si les mesures d'effarouchement peuvent contribuer à limiter les dommages aux troupeaux dans certains contextes, elles ne devraient pas être systématisées et mises au même niveau que le triptyque de protection : berger, chiens de protection, parcs de regroupement nocturnes.

Risques inhérents aux armes à feu

La réalisation des tirs d'effarouchements par les agents de l'OFB ou les lieutenants de louveterie semble préférable à une réalisation par les professionnels de l'élevage (éleveurs/bergers/gestionnaires d'estives) en raison des risques inhérents à la présence d'armes à feu en milieu isolé (berger souvent seul en estive) et vis-à-vis du risque de séparation entre une femelle ours et sa portée.

Lors de ces opérations, les agents de l'OFB sont obligatoirement deux, dont une personne munie d'un fusil avec balles en caoutchouc pour garantir leur sécurité. Le système de comptes rendus obligatoires déclaratifs, envoyés sous 72 heures, semble peu sécurisé, avec une impossibilité de contrôle et donc un risque d'abus.

VPB présente donc un avis défavorable à la formation et la réalisation de tirs d'effarouchement en estive par des professionnels de l'élevage et recommande l'interdiction des tirs d'effarouchement sur les femelles suitées pour ne pas risquer de séparation de la mère et de ses petits. L'association souligne que la mise en place de kit de sécurité anti-ours est nécessaire sur les estives, incluant par exemple une bombe anti-ours. V.D.


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