DNC : vers la fin de l'épizootie au 18 janvier en France ?

Deux risques persistent pour prédire de façon certaine la fin de l'épizootie de DNC au 18 janvier 2026.

© Gautier Bouchard

Jeanne BRUGÈRE-PICOUX

Professeur honoraire agrégée de pathologie du bétail à l'école vétérinaire d'Alfort

Présidente honoraire de l'Académie vétérinaire de France, Académie nationale de médecine

Jean-Yves GAUCHOT

Président de la Féderation des syndicats vétérinaires de France

Vice-président de l'Académie vétérinaire de France (année 2026)

Epidémiologie

La situation de la dermatose nodulaire contagieuse semble aujourd'hui sous contrôle dans le Sud-Est où l'on a commencé à repeupler. La situation en Occitanie reste encore évolutive. On peut toutefois espérer la fin de l'épizootie à la fin de la troisième semaine de janvier dès lors que cesseront les déplacements illicites d'animaux et les non déclarations de suspicions de cas.

Depuis le premier cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) observé en Savoie le 29 juin 2025, l'application des mesures réglementaires édictées par l'Union européenne a permis d'éliminer le virus dans les Savoie dès le 21 août. Les contaminations ultérieures sont le résultat de déplacements illicites de bovins contagieux à partir d'une zone réglementée (ZR) visant à éviter la diffusion du virus (ZR de protection et ZR de surveillance dans un rayon de 20 ou de 50 km autour du foyer respectivement).

Ainsi, 28 jours après le dépeuplement du dernier foyer de DNC, la ZR de protection devient une ZR de surveillance où les mesures de biosécurité sont moins sévères. Enfin, 45 jours après le dernier foyer, cette ZR évolue en zone vaccinale (si au moins 75 % du cheptel bovin y est vacciné depuis plus de 28 jours).

Début du repeuplement

En France, actuellement la situation semble sous contrôle dans le Sud-Est où l'on a commencé à repeupler. Il faut remarquer l'importance de la solidarité du milieu des éleveurs ayant permis un repeuplement quasi à l'identique chez les éleveurs ayant protégé par le dépeuplement de leurs troupeaux ceux de leurs voisins.

C'est le cas pour les ZR1 (dans les Savoie couvrant en partie des départements voisins et la Suisse) puis la ZR2 (créée lors du foyer détecté le 18 septembre dans le Rhône) puis la ZR5 (créée après le cas de l'Ain du 14 octobre) qui sont devenues zones vaccinales respectivement le 22 octobre, le 5 novembre et le 30 novembre (rappelons qu'une ZR est susceptible d'évoluer en zone vaccinale après 45 jours à compter du dernier dépeuplement de foyer dans cette zone et si au moins 75 % du cheptel bovin y est vacciné depuis plus de 28 jours). Ce n'est pas encore le cas pour la ZR4 mise en place le 11 octobre après un foyer dans le Jura (où il y a eu 7 foyers), puis dans le Doubs (dernier foyer déclaré le 28 novembre) reclassée cependant zone de surveillance le 31 décembre 2025 (figure n° 1).

Vaccinations très tardives

En revanche, la situation est restée encore évolutive dans les départements atteints en Occitanie.

La ZR3 créée après la déclaration des cas en Catalogne début octobre a été augmentée le 15 octobre à la suite de foyers déclarés dans les Pyrénées-Orientales. On peut regretter que sur les trois derniers cas déclarés dans ce département, deux l'étaient sur des vaccinations très tardives du fait du refus de vacciner de deux éleveurs qui ont fait l'objet d'une procédure pour les y obliger (l'un des foyers de DNC est apparu juste avant la vaccination et l'autre juste après une vaccination d'office après deux refus et une mise en demeure). Paradoxalement, la Catalogne demeure en zone réglementée du fait de la persistance de la DNC dans cette ZR3 française alors que la DNC a été éradiquée en trois semaines en Catalogne.

La ZR6 a été instaurée lors de la détection du premier cas dans l'Ariège le 9 décembre, puis elle a été élargie après la détection d'autres foyers (le plus souvent uniques) dans les Hautes-Pyrénées (10 décembre), la Haute-Garonne (12 décembre et 21 décembre chez le même éleveur), et l'Aude (14 décembre) recoupant la ZR3.

Encore des bovins en incubation ?

L'exportation vers la Catalogne de quelques milliers de bovins partant de l'Ariège (juste 15 jours avant la déclaration du premier et seul cas de DNC dans ce département) est encore une source d'inquiétude pour le ministère de l'Agriculture catalan.

Sur les 115 foyers répertoriés au 27 décembre 2025 (dont 76 dans les Savoie) (figure n° 2) avec un 116e foyer annoncé en Ariège le 2 janvier (et peut-être un 117e foyer dans ce même département le 5 janvier), on peut espérer que, à la fin de la troisième semaine de janvier 2026, on pourra annoncer la fin probable de l'épizootie si :

- la ZR4, reclassée zone de surveillance, a évolué en zone vaccinale car il n'y aura pas eu de nouveaux cas ;

- la vaccination étant terminée le 21 décembre 2025 dans les Pyrénées-Orientales, principal département infecté (22 foyers dont le dernier annoncé le 19 décembre 2025), il n'y aura pas eu d'autres foyers déclarés ;

- si les autres départements de la ZR6 ne déclarent pas d'autres cas dans la mesure où ils sont encore en cours de vaccination ou vaccinés complètement mais seulement depuis peu de jours (figure n° 3) ; on ne peut pas exclure qu'il existe encore des bovins en incubation si l'immunité vaccinale ne s'est pas encore installée ; la preuve en est le foyer confirmé à Léran en Ariège le 1er janvier 2026 alors que ce département a terminé les vaccinations le 31 décembre.

Deux risques persistent

Mais deux risques persistent pour prédire de façon certaine la fin de l'épizootie de DNC au 18 janvier 2026 :

- un déplacement du virus : principalement ce sont les déplacements illicites à partir des ZR actuelles d'animaux en incubation mais véritables « bombes à virus », l'hypothèse du transport d'un stomoxe infecté n'étant pas exclue formellement ; la campagne de vaccination actuellement accélérée dans les ZR mais aussi dans les départements indemnes voisins représente une mesure de précaution diminuant fortement ce risque au cours des semaines à venir ;

- la non déclaration d'un cas de suspicion de DNC par un éleveur (comme un représentant syndical a osé le recommander) ou un cas de DNC non reconnu par l'éleveur avant l'injection vaccinale (comme dans l'unique foyer du Doubs).

En conclusion, soulignons que la campagne accélérée de vaccination dans le Sud-Ouest pendant ces « vacances » de fin d'année a bénéficié d'une mobilisation remarquable de la profession vétérinaire (praticiens en activité ou retraités, militaires, sapeurs-pompiers, enseignants, étudiants de 6e année...) et de leurs éleveurs.

Dépeuplement nécessaire

C'était aussi le cas lors des grandes prophylaxies de ces dernières décennies pour lutter contre des affections bovines très contagieuses dont certaines représentaient un risque important pour la santé publique et, de ce fait, les dépeuplements était aussi malheureusement nécessaires. Rappelons par exemple l'éradication de la brucellose bovine sur le territoire français encore en cours dans les années 90, cette zoonose pouvant être particulièrement grave chez les éleveurs et les vétérinaires les plus souvent contaminés. Ainsi, dans le département de la Moselle, un ancien directeur des services vétérinaires nous rappelait qu'il avait eu à cette époque pour ce seul département près de 100 foyers de brucellose ayant nécessité l'abattage de 10 000 bovins en une année.

Figure n° 1 : Zones réglementées et vaccinales suite aux foyers de DNC en France au 31 décembre 2025
Figure n° 2 : Nombre de foyers de DNC détectés par semaine au 30 décembre 2025
Figure n° 3 : Vaccination des bovins en zones réglementées (ZR) et zone vaccinale type 1 (zones indemnes) par département.

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1780

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