Deux cas de rage humaine en France en 2025
Les cas détectés en France depuis 2001 concernent principalement des animaux importés illégalement du Maroc.
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Maud LAFON
Epidémiologie
En plus du cas survenu à Perpignan, en septembre, un autre homme est mort de la rage en France l'an dernier. Il est décédé à Avignon en janvier. Il avait été mordu par un chien au Maroc six mois plus tôt.
En janvier 2025, un homme est décédé à Avignon après avoir été contaminé par le virus rabique lors d'une morsure survenue six mois plus tôt, au cours d'un séjour au Maroc. C'est donc le deuxième cas de rage humaine recensé sur notre territoire l'an dernier puisqu'en septembre, un autre homme est décédé de rage à Perpignan, maladie qu'il avait là encore contractée vraisemblablement au Maroc (lire DV n° 1767).
L'information sur le cas de janvier a été révélée par l'International Journal of Infectious Diseases, le 4 décembre.
Le patient s'était présenté aux urgences du centre hospitalier d'Avignon avec un « sentiment de mort imminente », une agitation psychomotrice et une agressivité inhabituelle. Il s'était rendu au Maroc six mois plus tôt. C'est son hydrophobie marquée qui a fait suspecter une encéphalite rabique. Il est décédé très rapidement après une évolution clinique fulminante.
Sa famille a confirmé que lors de son séjour au Maroc, à Taza, près de Fès, il s'était fait mordre à la jambe par un chien qui était mort deux jours après. Il avait alors reçu une première injection de vaccin antirabique dans un hôpital local mais la suite du schéma vaccinal n'a pas été réalisée après son retour en France, indique l'article.
Séquençage génétique
Les analyses PCR réalisées sur les prélèvements effectués avant le décès ont mis en évidence l'ARN du virus rabique dans la salive et dans une biopsie cutanée. La recherche d'antigènes par immunofluorescence directe et la culture du virus de la rage à partir d'une biopsie cérébrale post-mortem se sont révélées positives, confirmant ainsi le diagnostic de rage.
Le séquençage génétique montre que la souche appartient à la lignée Africa 1 et à un cluster de virus canins circulant dans le nord-ouest du Maroc, dans un triangle entre Benslimane, Sidi Kacem et Tanger, poursuit l'article.
Il précise que 44 sujets contacts ont reçu une vaccination antirabique selon le protocole dit de Zagreb, qui comporte quatre doses intramusculaires : deux doses à J0, une dose à J7 et une dose à J21.
Principe de précaution
« La transmission interhumaine de la rage n'est pas avérée à ma connaissance mais elle peut être suspectée car l'être humain peut excréter dans sa salive du virus rabique. Pour des raisons de principe de précaution (et notamment aussi pour tranquilliser les personnes ayant été en contact avec la personne enragée), il est fréquent de faire un certain nombre de traitements post-exposition autour du cas de rage lui-même », explique notre consoeur Barbara Dufour, professeur émérite de maladies infectieuses, zoonoses, épidémiologie, à l'école vétérinaire d'Alfort.
Ces traitements sont effectués dans les centres antirabiques des hôpitaux ou de l'Institut Pasteur, à Paris. Ce dernier « décide après enquête qui sera traité et quel traitement sera mis en place (le nombre d'injections notamment dépend du statut vaccinal des personnes exposées mais surtout du niveau d'exposition : morsure avec ou non lésion de la peau ou autre) », ajoute notre consoeur.
Ce sont donc deux décès humains qui sont survenus en France l'an dernier.
Pour rappel, notre pays a été déclaré indemne de rage chez les mammifères terrestres non volants (chauve-souris exclues donc) en 2001 et le dernier cas autochtone chez l'Homme remonte à 1924. Une quinzaine de cas sur des chiens ou des chats importés illégalement de pays dans lesquels la rage est endémique, principalement le Maroc, ont été détectés infectés dans notre pays depuis 2001.
Prophylaxies post-exposition en augmentation
Quatre-vingt sept cas humains de rage chez des voyageurs internationaux, ayant notamment séjourné en Inde, aux Philippines ou au Maroc, ont été recensés dans la littérature mondiale depuis 1990, précise l'International Journal of Infectious Diseases. Ses auteurs ajoutent qu'en France, la proportion de personnes consultant pour une prophylaxie antirabique post-exposition après exposition à un animal en Afrique du Nord n'a cessé d'augmenter : elles représentaient 35 % de toutes les expositions survenues à l'étranger en 2023, contre moins de 7 % avant 2017.
En France, depuis 1970, une vingtaine de cas de rage humaine ont été diagnostiqués, dont six depuis 2001, tous importés sauf un cas en août 2019 concernant un homme mordu par une chauve-souris à Limoges (lire DV n° 1557).
Avant les deux cas de 2025, le précédent cas concernait une femme décédée à Reims le 9 octobre 2023, qui avait été contaminée en Afrique du Nord (lire DV n° 1680).
Au total dans le monde, l'Organisation mondiale de la santé estime à 59 000 le nombre de décès dus à la rage chaque année. ■





