Covid-19 : le furet pourrait aider à mieux appréhender la maladie

Le furet n'a pas fait l'objet, à ce jour, de publications relatives à son implication éventuelle dans la transmission et l'infection éventuelle par le Covid-19.

© Didier Boussarie

Didier BOUSSARIE

Consultant exclusif Nac

Membre de l'Académie vétérinaire de France

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La sensibilité des furets à certains coronavirus est connue et avait été démontrée lors de l'épidémie de SRAS, en 2002. Les connaissances virologiques engrangées chez ce carnivore domestique, qui est sensible à deux coronavirus bien étudiés, pourraient potentiellement être utiles dans la compréhension de la pathogénie et l'approche thérapeutique du Covid-19.

Les furets ont servi de modèle d'étude du coronavirus agent du SRAS en 2002, en montrant leur sensibilité à l'infection expérimentale. Alors que les chats font l'objet actuellement d'observations quant à leur sensibilité éventuelle à l'égard du SARS-CoV -2, qu'en est-il des furets ?

Ils n'apparaissent pas dans les sondages Sofres mais on estime leur nombre, en France, entre 300 000 et 500 000, ce qui est loin d'être négligeable.

Par ailleurs, ils entretiennent des rapports physiques souvent étroits avec leurs propriétaires (manipulations fréquentes, léchage, nuits et siestes avec le propriétaire...).

Donc, prudence et méfiance sont de rigueur dans l'attente d'observations et de recherches. 

Furet et coronavirus

Le furet avait déjà fait parler de lui lors de l'épidémie de SRAS provoquée par le SARS-CoV en 2002-2003. Il avait été signalé que le SARS-CoV pourrait infecter les chats domestiques et les furets, faisant d'eux des vecteurs potentiels de l'infection. 

L'étude néerlandaise conduite par l'équipe du professeur Albert Osterhaus, du centre Erasmus de Rotterdam, avait été publiée dans la revue Nature du 30 octobre 2003.

Les chercheurs avaient inoculé une dose de virus (obtenu à partir d'un humain décédé de la maladie à Hong Kong) à six chats et six furets. Après quatre jours, huit des douze animaux avaient été autopsiés.

Des prélèvements muqueux avaient révélé des traces du virus dans le pharynx et les poumons, ainsi que des lésions pulmonaires caractéristiques comparables à celles observées chez l'Homme.

Des analyses effectuées 28 jours après l'inoculation sur les animaux restants avaient montré la présence d'anticorps anti-Sras. Deux chats et deux furets mis en présence de ces animaux infectés avaient développé des signes d'infection.

Le furet a également fait l'objet d'autres publications lors de l'épidémie de SRAS.

L'administration prophylactique d'anticorps monoclonaux humains (10 mg/kg) réduit la réplication du SARS-CoV dans les poumons de furets infectés dans 95 % des cas et neutralise la présence du virus dans les sécrétions pharyngées

Dans une autre étude, des furets ont été immunisés avec un vaccin recombinant qui utilise une forme modifiée du virus de la vaccine appelé vaccine Ankara (rMVA) et qui s'exprime pour la protéine membranaire S (Spike). Les furets immunisés ont développé rapidement des anticorps neutralisants en réponse à une infection par le SARS-CoV mais également une inflammation hépatique.

Un nouveau coronavirus hautement divergent a été découvert en 2007 en Chine chez le chat léopard d'Asie (Prionailurus bengalensis) et le blaireau-furet de Chine (Melogale moschata) qui est également un Mustélidé.

Cette découverte démontre une fois de plus l'importance de la surveillance virologique systématique sur les marchés dans le Sud-Est asiatique et le risque potentiel d'émergence d'une nouvelle infection à coronavirus chez l'Homme.

Neurotropisme du Sars-CoV-2

Le SARS-CoV-2 est actuellement suspecté de provoquer des troubles nerveux chez certains patients, avec notamment une perte d'odorat (anosmie) souvent accompagnée d'une perte du goût (agueusie).

L'anosmie peut être causée par une altération du nerf olfactif, le premier nerf crânien qui relie la fosse nasale au bulbe olfactif. Quand l'atteinte est nerveuse, l'anosmie peut être constante. Dans le cas du Covid-19, l'anosmie est-elle le témoin de l'invasion du virus du système nerveux central ? Pas forcément.

L'anosmie est un symptôme très fréquent dans les rhinites. Le virus n'a pas encore été observé dans le tronc cérébral des malades, comme ce fut le cas lors de tests réalisés chez les souris avec le MERS-CoV et le SARS-CoV.

Les neurones du système nerveux central sont souvent la cellule ciblée par le virus qui provoque leur dégénérescence.

Le HEV 67N, un coronavirus porcin, est le premier à avoir été identifié dans le cerveau des porcs. Il y a 91 % d'homologie entre cette souche et un bétacoronavirus humain, le HCoV-OC43, un des responsables du rhume.

Le neurotropisme du SARS-CoV-2, responsable du Covid-19, n'est pour l'instant qu'une supposition et les données scientifiques manquent pour l'attester avec certitude. Mais avoir conscience de cette possibilité pourrait avoir un impact sur la prise en charge et les traitements, toujours symptomatiques de la maladie.

Le furet pourrait apporter des renseignements intéressants avec l'infection par le coronavirus systémique (FRECV pour Ferret systemic coronavirus , lire ci-après) qui provoque une atteinte nerveuse. Ce coronavirus est responsable d'une maladie systémique à médiation immune en raison de son tropisme pour les macrophages, qui s'observe essentiellement sur les jeunes furets de moins d'un an.

Sa pathogénie et sa clinique sont comparables à celles de la Pif du chat (lésion primaire de vascularite). La forme habituelle est la péritonite exsudative granulomateuse.

Mais des signes nerveux s'observent chez certains furets : torticolis, hyperactivité puis parésie postérieure, tétraparésie, ataxie, tremblements et convulsions.

Les lésions cérébrales macroscopiques sont discrètes mais l'histologie révèle une encéphalomyélite, une choroïdite et une méningite pyogranulomateuse.

Des lésions de pyogranulome ophtalmique ou de splénite granulomateuse sont également décrites. Il existe une PCR spécifique alors que l'histochimie qui utilise l'anticorps antialphacoronavirus FIPV3-70 utilisé chez le chat ne permet pas de distinguer les antigènes des FRECV et FRSCV (pour Ferret enteritic coronavirus).

Le traitement fait appel aux immunosuppresseurs (prednisolone 2-4 mg/kg/jour) et la vascularite est traitée avec la doxycycline (10 mg/kg/12 heures).

Le FRECV pourrait donc être une piste intéressante pour l'étude de la neurotoxicité éventuelle du SARS-CoV-2.

A propos du microbiote intestinal

Le furet représente également une autre piste intéressante. En effet, une étude nordaméricaine métagénomique du microbiote viral fécal du furet a révélé, en 2013, la présence de nouvelles familles de virus pour cette espèce : Picornaviridae, Papillomaviridae et Anelloviridae. Elles s'ajoutent à celles qui étaient déjà connues : Astrovitridae, Parvoviridae, Herpeviridae et Coronaviridae.

Le kobuvirus du furet (Picornaviridae) et le virus de l'hépatite E sont surtout rencontrés chez les furets de compagnie alors que les cononavirus le sont surtout dans les fermes d'élevage.

Cette étude illustre la diversité virale du furet et elle fournit les outils pour trouver de nouvelles identifications potentielles et étudier des infections expérimentales chez le furet, y compris par le SARS-CoV-2.

A propos de thérapeutique

La doxycycline donne des résultats intéressants chez le furet comme nous l'avons signalé, aussi bien dans la coronavirose classique (FRECV) que dans la coronavirose systémique (FRSCV).

Elle a des propriétés antibiotiques bien connues mais également anti-inflammatoires car elle réduit la fibrose et limite l'adhérence des leucocytes sur les cellules endothéliales. Elle prévient les lésions de vascularite, ce qui est également le cas dans la maladie aléoutienne (due à un parvovirus).

Conclusion

Le furet n'a pas fait l'objet, à ce jour, de publications relatives à son implication éventuelle dans la transmission et l'infection éventuelle par le Covid-19. Mais l'épidémie de SRAS, en 2002, a montré sa sensibilité potentielle au SRAS-CoV.

Lorsque l'on sait que le SARS-CoV-2 responsable du Covid-19 actuel est proche génomiquement du SARS-CoV, on peut considérer que les furets peuvent représenter un risque potentiel de portage, d'infection ou de transmission, ce qui semble accrédité par un certain nombre de publications et parce que nous avons des preuves de transmission expérimentale pour le SARS-CoV.

Les études sur le furet restent globalement limitées. C'est un peu le parent pauvre des carnivores domestiques en matière de recherche biologique ou expérimentale.

A titre d'exemple, son génome n'est toujours pas séquencé alors que cela a été fait pour de nombreux animaux domestiques, dont le chien (2006), le chat (2007), le rat et la souris.

Mais le furet pourrait constituer un modèle d'étude intéressant pour le S ars -CoV-2, puisque ses propre virus FRSCV et FRECV sont génomiquement proches, ainsi que pour la mise au point d'un vaccin contre le SARS-CoV-2, comme cela a été le cas pour le SARS-CoV après l'épidémie de SRAS en 2002.

Bibliographie sur demande auprès de La Dépêche Vétérinaire.

Gros Plan : Rappel sur le SARS-CoV-2 et les coronavirus

Le SARS-CoV-2, agent du Covid-19 (Coronavirus disease), appartient comme tous les autres coronavirus à la famille des Coronaviridae et à l'ordre des Nidovirales.

Les coronavirus sont subdivisés en quatre genres. Ils sont présents chez les mammifères ( a CoV, ßCoV et ?CoV) et les oiseaux (?CoV et d CoV). Deux genres nous intéressent particulièrement en médecine vétérinaire :

- les Alphacoronavirus comprennent de nombreux virus à tropisme intestinal que l'on retrouve chez les animaux domestiques, dont l'agent de la Pif ; on y trouve également les deux coronavirus du furet (Wise, 2010, 2006) :

. le FRSCV (pour Ferret enteritic coronavirus) à tropisme intestinal, agent de l'entérite catarrhale épizootique (ECE) ou diarrhée verte du furet ;

. le FRECV (pour Ferret systemic coronavirus) à tropisme neurologique et systémique, agent de la coronavirose systémique du furet* ;

- les Betacoronavirus qui sont répartis en 5 sous-genres parmi lesquels les Sarbecovirus dans lequel figure le SARS-CoV-2, agent de l'épidémie actuelle de Covid-19.

En ce qui concerne les espèces sensibles au SARS-CoV-2, il s'agit seulement jusqu'à nouvel ordre de souris transgéniques qui expriment le récepteur ACE2 (Angiotensin Converting Enzyme 2) , lequel est nécessaire à l'entrée du virus dans les cellules.

Des expérimentations sont en cours en Allemagne et aux Pays-Bas chez les porcs, les poulets et les bovins (Anses, 2020).

Le passage du virus d'une espèce à une autre exige en fait deux conditions :

- la présence du récepteur ACE2 ;

- la présence d'autres facteurs cellulaires nécessaires à la réplication virale.

La capacité du SARS-CoV-2 à interagir avec les récepteurs ACE2 a été recherchée selon trois critères : reconnaissance cellulaire, entrée des pseudoparticules, reconnaissance probable.

Elle a été montrée chez les rhinolophes, la civette palmiste, les primates dont l'orang-outan, le porc (mais pas l'entrée des pseudoparticules), le chien, le chat et le furet. Elle n'a pas été démontrée chez le murin de Daubenton, la souris, le rat et le hamster (Anses, 2020). D.B.

* Le génome du coronavirus du furet (FRECV) a été décrypté en 2017. La séquence du génome analysée à partir de deux souches (FRCoV4370 et FRCoV063) a révélé des séquences de nucléotides respectivement identiques à 49,9 % et 68,9 % par rapport aux autres coronavirus connus. Ces résultats suggèrent qu'il s'agit bien d'une nouvelle espèce d'alphacoronavirus

Article paru dans La Dépêche Vétérinaire n° 1525

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